Burkina : quand le déplacement forcé éloigne aussi des ancêtres et des traditions
Sur le site des crododiles sacrés de Sabou, une recontsrtuctuon de l'histoire du site, Ph : Studio Yafa

Burkina : quand le déplacement forcé éloigne aussi des ancêtres et des traditions

A cause de l’insécurité, des villages ont dû partir. Derrière les maisons abandonnées, se cachent d’autres pertes, moins visibles. Les autels familiaux, les lieux sacrés et les repères sociaux qui rythmaient la vie des communautés. Comment maintenir les rites traditionnels et gérer les événements familiaux lorsque l’on vit loin de chez soi ?

Quand les populations fuient l’insécurité, elles emportent avec elles le strict nécessaire. Mais certaines choses restent derrière. Des terres, des habitations, du bétail, mais aussi des autels familiaux, des fétiches et des lieux sacrés qui occupent une place importante dans la vie spirituelle de nombreuses communautés.

À Kaya, dans la région des kuilsé, le chef du village de Basma vit loin de son terroir depuis trois ans. Son village, situé dans la commune de Barsalogho, s’est vidé de ses habitants sous la pression des groupes armés. Malgré cet éloignement forcé, il explique que les traditions continuent de s’adapter aux nouvelles réalités.

« Il y a certaines affaires qu’on ne peut régler que sur place. Mais pour le cas des déplacements forcés, tu peux d’où tu es, prendre l’engagement de les faire. Tu soumets tes requêtes un peu comme au téléphone », explique-t-il.  Selon lui, les ancêtres peuvent être invoqués même à distance. Toutefois, certains rites devront être accomplis une fois le retour au village possible.

Quand le devoir coutumier appelle à s’adapter 

Pour d’autres responsables traditionnels, le lien avec le village d’origine demeure indispensable. Toujours à Kaya, un autre chef de village déplacé continue de retourner régulièrement dans sa localité afin d’accomplir certaines cérémonies coutumières. Une démarche qui n’est pas sans danger.

« Ce qui doit être fait, doit l’être. Sinon, on te demandera des comptes », confie-t-il. « Hier encore, je me rendais au village pour des funérailles lorsqu’on m’a signalé la présence d’hommes armés dans la zone. J’y suis quand même allé en empruntant un autre chemin », poursuit-il.

Comme lui, de nombreux gardiens des traditions se retrouvent confrontés à un dilemme. Préserver les pratiques ancestrales ou éviter de mettre leur vie en danger. Entre les deux extrême, il n’y a pas d’autres alternatives que de s’adapter.

Des traditions réorganisées

Les déplacements forcés bouleversent également l’organisation familiale. Originaire de Dablo, Minata Ouédraogo vit aujourd’hui à Guiloungou avec sa famille. Lorsque sa fille s’est mariée, la dispersion des membres de la famille a nécessité une réorganisation.

« Nous vivons ici, mais les anciens sont à Kaya. Quand la famille du mari est venue nous voir, nous l’avons orientée vers les vieux. Les mariages traditionnel et religieux ont finalement été célébrés à Kaya », raconte-t-elle.

Dans de nombreuses familles, les anciens demeurent les dépositaires de l’autorité coutumière. Leur éloignement complique les prises de décision liées aux mariages, aux funérailles ou à d’autres événements importants.

Face à ces contraintes, certaines autorités coutumières encouragent des arrangements temporaires. À Ziniaré, dans la région du de Oubri, le chef traditionnel Naba Sanem estime que les circonstances exceptionnelles imposent parfois de la souplesse.

« Lorsqu’il est impossible d’effectuer tous les rites, les familles peuvent procéder aux présentations avec les membres présents sur place. Ensuite, le mariage religieux peut être célébré. Le mariage traditionnel pourra être organisé plus tard si la situation le permet », explique-t-il. Pour lui, l’essentiel est de préserver l’esprit des traditions sans exposer les populations à des risques supplémentaires.

Si les pratiques diffèrent selon les ethnies et les régions du Burkina Faso, des chefs traditionnels soutiennent que le déplacement ne doit pas être perçu comme une rupture définitive avec les ancêtres ou les valeurs culturelles. Pour eux, les personnes déplacées restent chez elles partout sur le territoire national.

Olivia Hien