Dans les prisons burkinabè, une nouvelle dynamique au service de la réinsertion
Un prisionnier est en train de découper un tissu, Ph : Mousso News

Dans les prisons burkinabè, une nouvelle dynamique au service de la réinsertion

Dans plusieurs maisons d’arrêt et de correction du Burkina Faso, les machines à coudre, les ateliers de menuiserie, les jardins maraîchers et les élevages remplacent peu à peu l’oisiveté carcérale. Portée par l’Initiative présidentielle pour le développement communautaire, cette dynamique vise à faire de la prison un espace d’apprentissage et de réinsertion plutôt qu’un simple lieu de privation de liberté.

Sous un hangar en tôle, un jeune de la trentaine, ciseau en main, coupe avec soin un tissu Koko Dunda. « Je veux faire une chemise », lance-t-il. A proximité, un autre tient une scie pour couper un bois dans sa petite menuiserie. Dans un autre compartiment d’à côté, la verdure des lieux force l’admiration. De la laitue, des oignons… s’épanouissent dans un potager. Plus loin de là, c’est l’espace réservé à l’élevage.

Le tissage est également un métier que certains prisonniers apprennent, Ph: Studio Yafa

On peut voir des moutons, des porcs. Un environnement très loin de l’image que le commun des mortels a des lieux de détention. Et pourtant, nous sommes bel et bien dans l’enceinte de la Maison d’arrêt et de correction de Banfora. Comme dans une fourmilière, les détenus sont occupés à faire quelque chose.

Cette ambiance est celle qui se vit de plus en plus dans plusieurs établissements pénitentiaires du Burkina. Ce temps où les pensionnaires squattaient entre les quatre murs de leurs cellules pour purger leur peine semble révolue.

Une volonté politique

Le 30 août 2023, en conseil des ministres, l’initiative présidentielle pour le développement communautaire a été adoptée. Les autorités veulent une autre vision de l’univers carcéral. Il ne s’agit pas de remettre en cause la mission première des établissements pénitentiaires. Celle de l’exécution des décisions de justice. Mais, les autorités entendent désormais faire de ces lieux des espaces d’apprentissage, de responsabilisation et de préparation au retour à la vie sociale.

A Banfora, comme à Bobo-Dioulasso, la détention ne rime plus uniquement avec oisiveté et simple privation de liberté. Les pensionnaires sont encouragés à apprendre un métier. Développer des compétences pratiques. Soudure, menuiserie, tissage, cordonnerie, élevage ou encore maraîchage. Autant d’activités qui occupent désormais le quotidien de nombreux détenus.

Le Directeur général de la MAC de Banfora, Dialinli Yonli , Ph: Mousso News

Selon le directeur général de la MAC de Banfora, Dialinli Yonli, ces activités permettent de révéler le potentiel des pensionnaires. Mieux, elles offrent une opportunité de préparer leur avenir. « L’objectif n’est pas de faire du profit, mais de permettre aux pensionnaires de travailler et de se sentir utiles », souligne-t-il.  Dans cet établissement, considéré comme la 4ᵉ plus grande prison du pays et qui accueille plus de 400 détenus, les revenus générés par la vente des produits contribuent au fonctionnement de l’établissement.

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Pour Abdoul Aziz Aristide Ramdé, coordonnateur de projet au Centre d’information et de formation en matière de droits humains en Afrique (CIFDHA) et également coordonnateur du projet FASOVEIL, l’humanisation des prisons renvoie avant tout au respect de la dignité humaine. « C’est un ensemble de mécanismes et un processus mis en place pour s’assurer que les personnes détenues le sont dans le respect de leur dignité et de leurs droits fondamentaux », explique-t-il.

Selon lui, les réformes engagées ces dernières années méritent d’être saluées. Parmi elles figure notamment l’application de la loi instituant le travail d’intérêt général. Cette mesure permet, dans certains cas, de substituer ou d’aménager des peines privatives de liberté, qui contribuent ainsi au désengorgement des établissements pénitentiaires.

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« L’humanisation suppose que les personnes détenues vivent dans des conditions dignes. Si une cellule est prévue pour 10 personnes, elle ne devrait pas en accueillir 15 ou 20 », rappelle-t-il. Le coordonnateur du projet FASOVEIL au CIFDHA relève également les efforts consentis dans la construction et la réhabilitation de maisons d’arrêt et de correction afin d’améliorer les conditions d’hygiène et de sécurité des détenus.

Cette décision gouvernementale, le CIFDHA en a joué sa partition. S’il estime que le CIFDHA a contribué à maintenir le plaidoyer sur ces questions, il attribue avant tout les avancées observées à une volonté politique affirmée.