À Fada, le Riz de l’Est nourrit l’espoir d’une souveraineté alimentaire locale

À Fada, le Riz de l’Est nourrit l’espoir d’une souveraineté alimentaire locale

À Fada N’Gourma, le riz produit dans les plaines du Goulmou ne prend plus systématiquement la route du Bénin ou du Togo. Désormais, une partie est transformée sur place par la coopérative ti mondi qui entend créer davantage de richesse pour les producteurs, les femmes et les consommateurs locaux.

Tamba Midierba Thiombiano scrute son périmètre rizicole situé en bordure du barrage au secteur 11 de Fada. Depuis au moins 5 ans, il exploite une superficie de 0,18 hectare. Pas énorme, mais les 1 à 2 tonnes qu’il récolte sont une bouffée d’oxygène pour lui et sa famille. En plus, il ne se fait plus de tracas au moment de vendre son riz.

Tamba Midierba Thiombiano dans son périmètre rizicole, Ph : Studio Yafa

Le jeune producteur est membre de la coopérative Ti-Mondi qui lui fournit la semence et les intrants et achète sa production en fin de campagne. « Avant la coopérative, certains ne savaient même pas où vendre leur riz. Rien que cette année, plusieurs personnes m’ont appelé et m’ont demandé si le président de notre coopérative achetait du riz au même prix que l’année dernière. Je les ai guidés », dit-il en précisant que le kilogramme est cédé entre 150 et 200 F CFA.

La coopérative est forte de 2010 membres. Selon son président Toumbenli Combary, la mise en place de l’organisation est née d’un constat. Les acteurs de la filière souffraient en amont dans les bas-fonds, mais quand venait l’heure de la moisson, ils se retrouvaient avec des broutilles.

« C’est en 2024 que nous avons commencé l’étuvage du riz. Avant, toutes nos productions étaient exportées. Les commerçants béninois venaient acheter notre riz paddy pour aller le transformer. Ça ne nous rapporte pas beaucoup. Pourtant, on met beaucoup de moyens, d’efforts pour produire et on s’en sort avec peu de choses. On a donc décidé de mettre en place une unité », explique le président de la coopérative.

Ecouter aussi notre reportage : « Nous avons des variétés de riz ici au Burkina qu’on peut exporter en Europe »

Selon lui, l’entrée de la coopérative sur le marché a influé sur le prix du riz. «Cela se passe bien et a une influence sur le prix du riz. Avant notre entrée en action, le prix de 50 kg de riz importé était vendu à 30 000. Ce n’était pas facile. Mais à notre arrivée, on a cassé le prix à 25 000 francs pour le riz local. Le sac de 25 kg, nous le vendons à 12 000 », précise-t-il.

Toumbenli Combary président de la coopérative, Ph : Studio Yafa

Un prix qu’il trouve abordable pour le consommateur local. Pour maitriser le domaine, il a fallu se former, ce qui l’a conduit en Chine, géant de la production du riz, et au Nigéria. Des années mises à profit pour comprendre un secteur stratégique pour la souveraineté alimentaire.

Une usine en pleine activité malgré des capacités limitées

Au secteur 11 de la ville, le vrombissement de la machine est continu. Une trentaine de femmes vont et viennent. Certaines acheminent le riz non encore étuvé jusqu’au moulin. Là, d’autres récupèrent les plats et renversent leur contenu dans le moulin. Un autre groupe attend de récupérer les grains blancs qui en ressortent pour les conditionner directement dans des sacs.

L’usine de la coopérative emploie plusieurs femmes, Ph : Studio Yafa

C’est une commande de la société nationale de gestion des stocks qui est en préparation. Kouka Amadou Gansonré, responsable du contrôle de la production, réceptionne les sacs, vérifie leur poids et s’assure que le produit répond aux normes requises avant de donner son verdict : « le constat est appréciable ».

Comme dans une fourmilière, chacun s’affaire à sa tâche. C’est ici l’usine de transformation de la coopérative. « Nous sommes à une capacité de transformation de 7000 tonnes par an. Cette année par exemple, la production est importante, elle est à 100 000 tonnes dans la région», note Toumbenli Combary.

Une manière de dire que la capacité de production de l’usine est encore faible, au regard de la disponibilité de la matière première. Juste 20 à 30 tonnes transformées par jour.

L’usine, une source de revenus pour les ménages

Si la transformation profite aux producteurs, elle crée aussi des opportunités d’emploi pour les femmes de la ville. Depuis l’ouverture de l’usine, Agnès Idani y travaille. Comme des dizaines d’autres femmes. « L’usine nous est beaucoup bénéfique. Nous travaillons ensemble depuis au moins deux ans. Nous avons de quoi acheter les condiments et prendre soin de nos familles, scolariser nos enfants », se réjouit-elle.

L’usine participe à la lutte contre le chômage, Ph : Studio Yafa

Pour ces femmes, l’usine représente une source de revenus qui contribue à améliorer les conditions de vie de leurs ménages. Presque en chœur, les femmes regrettent que l’usine ne dispose que d’une seule machine, alors que la main-d’œuvre est importante.

Depuis deux ans, Issa Adolphe Thiombiano, enseignant de profession, promoteur de Maracana, ne jure que par le riz de l’Est. « C’est du jeune riz. Si c’est vieux, c’est deux ans. Mais on sait qu’il y a des riz qui font 10 à 15 ans en mer avant d’arriver ici », commente-t-il. Il a donc fait le pari du riz local, convaincu, dit-il, par sa qualité. « Dès que nous avons appris, nous avons essayé. Et lorsque nous avons consommé à la maison, nous avons vu que c’était bien (…)», témoigne Adolphe. Convaincu par la qualité du produit, il a progressivement converti toute sa famille au riz local.

Le défi des équipements pour changer d’échelle

Certains consommateurs, pointent souvent du doigt le coût du riz local qui ne serait pas à la portée de tous. Une réalité soutenue par le consommateur Adolphe Thiombiano. « Je pense que le kilo fait 500 F CFA, le sachet de 2 kilos 1000 francs. Tout de suite, si les gens étaient habitués à payer le kilo chinois à 400, la pauvreté est là, les gens préfèrent toujours le moins-disant ».

Adolphe Thiombiano est un consommateur convaincu du riz de l’Est, Ph : Studio Yafa

Il souhaite donc que les gouvernements ou des partenaires accompagnent des initiatives locales comme celle de la coopérative qui participent par des subventions qui aideront à l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire.  

Pendant longtemps, le riz du Goulmou quittait la région sous forme de paddy, laissant ailleurs la valeur ajoutée de sa transformation. Aujourd’hui, grâce à cette coopérative, une partie de cette richesse reste sur place et profite aux producteurs, aux femmes employées dans l’usine et aux consommateurs. Pour les acteurs de la filière, le défi est désormais de disposer d’équipements suffisants pour transformer davantage de riz local et contribuer à la souveraineté alimentaire du Burkina Faso.

Tiga Cheick Sawadogo