Nés à Ouahigouya de parents syriens installés depuis des décennies, Mazed et Kaled Bachour ont construit toute leur vie dans la région du Nord du Burkina. Pleinement intégrés dans cette ville, ils revendiquent leur identité yadega et burkinabè que la couleur de la peau ne saurait remettre en cause.
C’est dans l’un des quartiers de Ouahigouya que nous retrouvons Mazed Bachour. La quarantaine, l’homme vient juste de se réveiller après avoir travaillé toute la nuit. Encore marqué par la fatigue, il nous accueille pourtant avec un humour naturel. « On dit que nous sommes des vampires. Nous travaillons la nuit et nous dormons le jour », lance-t-il en riant en langue mooré.
Il est presque 10 h du jour. Mazed s’exprime dans la langue mooré local, appelé yadré, différent de celui parlé dans d’autres parties du pays comme Ouagadougou, Kaya ou Koudougou.
Marié à une femme burkinabè et père de deux enfants, le jeune homme est d’origine syrienne. Ses parents se sont installés dans la ville de Ouahigouya il y a plus d’une cinquantaine d’années. Avec son frère et sa sœur, ils sont nés à Ouahigouya, ont grandi dans la région et ont fait la plupart de leur cursus scolaire au Burkina Faso. Gérant d’un maquis, Mazed revendique pleinement son identité yadega même s’il reste attaché à ses origines syriennes. Dans cette ville, il assure ne vivre aucune discrimination puisqu’il a grandi ici avec tous les autres enfants de son âge.
Des enfants de Ouahigouya
« Quand je rentre en ville, tout le monde me connaît parce que je joue au ballon aussi, donc il y a des surnoms qu’on m’a donnés. D’autres m’appellent Technic, d’autres m’appellent Mazedgarde », explique-t-il en référence à ses qualités techniques au football. Mazed est d’ailleurs une ancienne star de l’équipe de l’Union sportive de Ouahigouya (USY), l’une des équipes phares de la ville.
« C’est vrai qu’il y a quelques personnes qui regardent la couleur de la peau. Mais, ils ne comptent pas. Quand une majorité t’a adopté, tu ne te préoccupes pas de la minorité », dit-il, avec légèreté. Son profil atypique et son sens de l’humour, si caractéristique des habitants de Ouahigouya, lui ont même valu des propositions pour participer à des tournages à Ouagadougou. Des offres qu’il a dû décliner. « Ma femme n’est pas d’accord. Je suis donc obligé de respecter son opinion », explique Mazed. Une manière aussi de montrer tout le respect qu’il a envers son épouse.
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Son frère Kaled a choisi une autre voie. Enseignant et directeur au lycée Teel Taaba de Ouahigouya, il interrompt brièvement son cours pour nous accorder quelques minutes. Comme Mazed, il est né à Ouahigouya et y a suivi une bonne partie de sa scolarité. « J’ai fait mes études au lycée Yadega qu’on appelait Antoine Roch avant la révolution. J’ai étudié avec les jeunes de Ouahigouya. Les enseignants m’ont mis à genoux et m’ont puni comme tous les autres enfants. Il n’y avait pas de faveur », raconte-t-il. Après son baccalauréat et des études universitaires à Ouagadougou et en France, Kaled a décidé de revenir chez lui à Ouahigouya plutôt que de rester en France où il a obtenu un doctorat en économie. Son amour pour sa localité est sans faille.

Une intégration réussie
« Même quand je sors, j’ai envie de revenir. J’étais en France, j’avais toujours envie de revenir. Je suis habitué au rythme d’ici. C’est vrai que côté travail, ce n’est pas facile. Mais , ce n’est pas parce que c’est moi, je vois que c’est un peu partout. Sinon, l’intégration, il n’y a même pas de soucis », poursuit-il. Si son frère Mazed adore s’exprimer en mooré, Kaled fait parfois mine de ne pas comprendre dans des situations gênantes. « Quand j’entends certains propos désobligeants, je préfère partir comme si je n’avais pas compris », souligne-t-il.
Kaled, marié à une Burkinabè originaire de Arbollé, non loin de Ouahigouya, parle également la langue dioula pour avoir séjourné à Bobo-Dioulasso. Il est impliqué dans des associations sportives aussi bien à Bobo-Dioulasso qu’à Ouahigouya.

Pour ses collaborateurs, parmi lesquels Oumarou Ouédraogo, intendant du lycée Teel Taaba de Ouahigouya, il n’existe aucune ambiguïté sur son identité. « Il n’y a pas plus yadega que Kaled. Si vous ne l’avez pas vu, quand il parle en mooré, vous ne pouvez pas savoir qu’il a la peau blanche. Il n’y a pas plus yadega que lui », explique-t-il.
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Leur intégration semble réussie dans cette ville, malgré les difficultés sociales et économiques auxquelles sont confrontés de nombreux jeunes de la localité. « À Ouahigouya, ce sont de bonnes personnes. S’ils n’étaient pas de bonnes personnes, je ne serais pas toujours là », affirme Kaled. De leur fratrie, seule leur sœur a quitté le Burkina Faso. Après des études universitaires au Maroc, elle s’est installée en Syrie où elle est désormais mariée.
Quant à un retour définitif au pays d’origine, les deux frères se voient mal quitter définitivement le Burkina Faso. « Je peux, peut-être, repartir en Syrie pour des vacances ou quelques jours. Mais ici, c’est chez moi. Ma vie est ici. Je ne peux pas quitter le Burkina Faso », assure Mazed visiblement attaché à la ville qui l’a vu grandir. Pour les frères Bachour, ils vivent leur identité yadega au quotidien.
Boukari Ouédraogo
