Fatmata Bancé, bien plus qu’une chargée de programme
Fatmata Bancé dans son bureau du SPONG

Fatmata Bancé, bien plus qu’une chargée de programme

Fatmata Bancé ne passe pas inaperçue. Toujours parée de ses bijoux en cauris et de ses tenues traditionnelles, la chargée de programme du SPONG affiche fièrement son attachement à la culture. Derrière ce style assumé se cache pourtant une femme de terrain qui a parcouru les villages de Houndé, travaillé dans un camp de réfugiés à Djibo et consacré l’essentiel de sa carrière au monde associatif.

Collier en cauris autour du cou et dans les cheveux, bracelets aux poignets, bagues aux doigts, robe traditionnelle soigneusement assortie. Fatmata Bancé est concentrée sur l’écran de son ordinateur. Son style attire souvent l’attention. Au premier regard, beaucoup l’imaginent dans le monde de la mode, de l’art ou de la culture. Pourtant, depuis plusieurs années, c’est dans l’univers des organisations de la société civile qu’elle a construit sa carrière.

Au Sécrétariat permanent des organisations non gouvernementales (SPONG), où elle travaille depuis septembre 2021, ses collègues lui ont trouvé plusieurs surnoms : « la Sud-Africaine », « la maman » ou encore « la vieille mère ». Des appellations qui traduisent autant son attachement à la culture que les liens qu’elle entretient avec son entourage professionnel.

Léa Ouédraogo salue une collègue qui a le contact facile, Ph: Mousso News

« Ici, nous avons créé des liens de famille. Elle aime plaisanter, faire rire et elle a le contact facile », raconte Léa Ouédraogo, responsable administrative et financière de la structure. Derrière cette femme au style affirmé se cache un parcours construit au fil des voyages et des expériences de terrain.

La première expérience terrain

Bien avant les ONG, Fatmata rêvait d’enseignement. Une passion qu’elle vivra pendant trois ans en dispensant des cours d’histoire-géographie dans des collèges et lycées. Mais, très vite, l’envie d’être au contact direct des populations prend le dessus.

Elle rejoint alors un projet de développement local à Houndé. De 2004 à 2008, elle sillonne les villages de la région en tant qu’animatrice. À l’évocation de cette période, son visage s’éclaire. « Je peux vous dire que je connais tous les villages de Houndé », lance-t-elle dans un éclat de rire.

Les journées sont marquées par les réunions communautaires, les séances de sensibilisation et les déplacements parfois longs sur des pistes rurales. Cette expérience marque profondément celle qui découvre alors une autre manière de transmettre des connaissances.

Aux côtés des réfugiés maliens

Après Houndé, elle poursuit son parcours dans plusieurs organisations avant de rejoindre Djibo en 2011. Cette fois, elle intervient dans un camp de réfugiés maliens comme coordonnatrice de l’éducation en situation d’urgence. « C’était la première fois que je travaillais dans un camp de réfugiés. J’y ai beaucoup appris », se souvient-elle, le regard lointain et plein de nostalgie.

Fatmata Bancé est bien appréciée de ses collègues pour ses qualités humaines et professionnelles, Ph: Mousso News

L’expérience lui permet de découvrir d’autres réalités humaines et professionnelles. Mais les déplacements deviennent de plus en plus fréquents. Elle ressent la nécessité de lever le pied. Sa vie sociale risque de prendre  un coup. « Une femme qui passe son temps à voyager pendant que son mari est à Ouagadougou, ce n’est pas forcément évident », explique-t-elle, avec un  brin de sagesse.

Elle choisit alors de se rapprocher de sa famille et rejoint l’association Semfilms entre 2017 et 2021 comme administratrice. Cette période lui permet de renouer avec une autre facette de sa personnalité. Son amour pour la culture. À travers l’organisation de festivals et d’événements, elle découvre un univers qui lui ressemble davantage encore. « Mon côté artistique s’est développé là-bas », raconte-t-elle. Ce goût pour la culture ne l’a jamais quittée. Il se lit aujourd’hui dans son habillement et ses accessoires.

Une expérience au service de la faitière

Toutes ces expériences finissent par la conduire en 2021 vers une structure particulière, le Secrétariat permanent des organisations non gouvernementales (SPONG). D’abord coordonnatrice adjointe chargée de programme, elle occupe aujourd’hui le poste de chargée de programme. Son quotidien est rythmé. Réunions, suivi des projets, accompagnement des organisations membres, recherche de partenaires ou encore supervision d’activités occupent ses journées.

Dans le cadre du projet FASOVEIL consacré aux questions environnementales et climatiques, elle veille notamment à l’implication des organisations membres et à la bonne mise en œuvre des activités prévues. Pour ses collègues, son expérience constitue l’une de ses principales forces.

Pour Ali Bankabary, Fatmata est surtout une collègue qui sait rassembler, Ph: Mousso News

« Administration de projet, collaboration avec les communautés, formation, animation… elle a beaucoup d’atouts », estime Léa Ouédraogo. Quant au chargé de mission, Ali Bankabary, les qualités humaines de la « vieille mère » la distinguent. « Elle est bienveillante, sérieuse et rassembleuse », affirme-t-il.

Entre travail et famille

Malgré ses nombreuses responsabilités, Fatmata tient à préserver un équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie privée. Mère de famille, elle refuse d’emporter le travail à la maison. « Je m’assure toujours de terminer mes tâches avant de rentrer. Une fois à la maison, je me consacre à ma famille », explique-t-elle.

Et lorsque le temps le permet, elle retrouve une autre passion, le chant. La chargée de programme est également choriste dans une église de Ouagadougou. Pour elle, il n’y a pas de contradiction entre engagement professionnel, vie familiale et passions personnelles.

Aujourd’hui encore, entre les dossiers du SPONG, la chorale de son église et les responsabilités familiales, Fatmata Bancé garde le même état d’esprit que lorsqu’elle sillonnait les villages de Houndé. Rester proche des gens.

Mousso News avec Studio Yafa