« Une maison solide se prépare dès la phase de conception », Youssouf Kéïta, ingénieur en génie civil
Youssouf Keïta conseille d'éviter les tâtonnements sur les chantiers de constructions, Ph : DR

« Une maison solide se prépare dès la phase de conception », Youssouf Kéïta, ingénieur en génie civil

Des bâtiments en construction ou habités de s’effondrer dans plusieurs villes du Burkina Faso, causant parfois des pertes en vies humaines. Mauvaise qualité des matériaux, absence d’étude de sol, non-respect des normes de construction…Les causes sont souvent multiples. Comment construire une maison solide et durable ? Quelles précautions prendre avant de lancer un chantier ? Youssouf Keïta, ingénieur en génie civil, répond aux questions de Studio Yafa.

Studio Yafa : Monsieur Keïta, qu’est-ce qu’une construction de qualité ?

Youssouf Keïta : Une construction de qualité, c’est une construction qui respecte les normes élevées en matière de durabilité, de sécurité, d’esthétique et de fonctionnalité.

Quels sont les éléments essentiels pour garantir une construction de qualité ?

D’abord, il faut utiliser des matériaux de qualité. Ensuite, la méthode de construction doit être adaptée au projet. Une attention particulière doit également être accordée aux détails et aux finitions. Enfin, le respect de la réglementation et le contrôle du chantier par des professionnels qualifiés sont indispensables.

Malgré les normes existantes, pourquoi observe-t-on encore des effondrements de bâtiments, même de petite taille ?

Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte. D’abord, ça va des détails structurels et également à la conception. Parlant de défaillance structurelle, il y a la méthode de réalisation qui n’est pas toujours conforme aux normes. Les matériaux utilisés peuvent être de mauvaise qualité. Il y a les surcharges. Quand les fondations d’un bâtiment sont prévues pour un R+1, et après on revient pour faire un deuxième niveau, ce sont des poids qui n’étaient pas prévus dès le départ.

Ça peut engendrer un effondrement. Il y a également des détails de fondation qui sont souvent un peu négligés à travers la profondeur d’ancrage qui ne sont pas souvent respectés. On peut ajouter qu’il y a plusieurs paramètres géotechniques qui sont négligés. Parce qu’il faut reconnaître que pour faire une construction, il faut avant tout étudier le sol. 

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Les études de sol au Burkina se font par le laboratoire national du bâtiment des travaux publics, le LNBTP, qui vient en fait faire des prélèvements du sol. Le but c’est de voir si le sol est instable, si on fait face à un sol fixe, ou un sol sableux, ou encore un sol humide. Et donner en fait la profondeur d’ancrage où se trouve concrètement le bon sol. Où est-ce qu’il faut creuser pour atteindre le bon sol, pour asseoir les semelles de départ. Il faut aussi prendre en compte certains paramètres, tels que les catastrophes naturelles, qui peuvent aussi engendrer les séismes, les grands vents, parfois des inondations.

Est-ce que pour toute construction, qu’elle soit d’habitation ou commerciale, il est nécessaire de réaliser une étude de sol ?

D’abord, pour tout ce qui concerne une construction, il y a deux phases. La première phase consiste en la phase de conception. Et la seconde phase, la phase de réalisation. Et chaque phase a ses rigueurs qu’il faut respecter. Quand on prend le cas du Burkina Faso, il y a l’autorisation de construire que tout maître d’ouvrage doit chercher d’abord, avant d’entamer une construction. Et pour obtenir l’autorisation de construire, il y a des paramètres également à prendre en compte, à savoir la documentation administrative et la documentation technique.

Dans la documentation technique, il y a les études de sol, il y a les études architecturales, il y a également les études d’ingénierie. Toutes ces études-là sont en fonction des normes techniques en réalité en vigueur au Burkina. Une fois ces éléments mis en place, on passe maintenant à la phase de réalisation. Dans la phase de réalisation, il y a des normes à respecter. Au Burkina, c’est vrai qu’on n’a pas de séisme. On a la chance d’avoir un sol assez stable. Donc, il faut vraiment respecter les normes en vigueur au pays.

Au niveau de la phase de réalisation, je prends par exemple le cas de l’étude géotechnique. Le géotechnicien peut donner des détails sur la qualité du sol, la position de la nappe phréatique et également voir si nous avons une plateforme stable et où se trouve le bon sol. Une fois ces études-là faites, ils vont donner une contrainte à l’ingénieur, la contrainte admissible.

À partir de cette contrainte-là, l’ingénieur essaiera maintenant de calculer en bureau les détails, de faire sortir les détails des poutres, les armatures, les types d’acier, le fer qu’il faut mettre, fer de 10, fer de 12, fer de 14, etc. Une fois tout cet assemblage fait, on est dans les normes en réalité. Logiquement, ça doit aller, sauf cas de force majeure.

En tant qu’ingénieur, quel conseil donnez-vous à quelqu’un qui voudrait construire un bâtiment ?

Il faut que la personne exprime concrètement le besoin réel, ses attentes, pour qu’on prenne ça en compte dans les phases de conception, dans les phases d’études, etc. Alors une fois cela validé, il faut que la personne suive les détails demandés par l’État, c’est-à-dire la paperasse administrative, réunisse la documentation concrète, passe en phase d’études et fasse réaliser le bâtiment par des personnels adéquats. Éviter les tâtonnements, c’est-à-dire casser ce mur-là, je voulais une autre chambre ici, casser ça, je voulais ça. Tout ceci crée de l’instabilité.

Il faut exprimer le besoin et, au fur et à mesure que l’ingénieur ou l’architecte en charge de l’étude évolue, il va mettre ces éléments-là dans ses études pour mener à bien le projet. Alors il faut également que le maître d’ouvrage qui décide de construire utilise des matériaux de qualité. C’est vrai que le technicien contrôleur, l’ingénieur contrôleur ou l’architecte qui est en charge du contrôle vérifie également la qualité des matériaux mis en œuvre. Si les matériaux utilisés ne sont pas de bonne qualité, les risques de désordre ou d’effondrement augmentent.

Entretien réalisé par Samira Guiré