Cencengu, la reconquête d’une fierté culturelle au Gulmu
Le regain d'intérêt pour le cencengu profite aux tisseuses, Ph : Studio Yafa, avril 2026, Fada

Cencengu, la reconquête d’une fierté culturelle au Gulmu

Longtemps réservé aux cérémonies, le Cencengu s’affiche désormais bien au-delà du Gulmu. Institutions publiques, réseaux sociaux, rues de Ouagadougou… ce marqueur culturel retrouve une visibilité qui traduit, pour beaucoup, une manière de réaffirmer une identité.

Le bruit du métier à tisser se fait entendre au loin. Il se mêle aux causeries de jeunes filles et de femmes. L’ambiance est bon enfant dans cette cour située au secteur 2 de la ville de Fada N’gourma. Assise sur une longue chaise, les yeux rivés sur la navette, Salmata Ouoba tisse. Les fils sont de couleur rouge, bleu et noir. « Je tisse un cencengu », dit-elle timidement en langue gulmance.

Salmata Ouoba devant son métier à tisser, Ph : Studio Yafa, avril 2026, Fada

Dans ce centre de tissage, 86 personnes sont à la tâche chaque jour pour sortir des pagnes tissés, communément appelés Faso Danfani. Salmata Ouoba qui donne progressivement vie à un pagne cencengu, toutes les tisseuses ici savent confectionner ce pagne. « C’est même le tout premier motif que nous leur apprenons », insiste la promotrice du centre de formation professionnelle « Divine Grâce », Pagdi Ouali. Elle-même tisse depuis 1992. Pour elle, ce pagne est plus qu’un morceau de tissu.

Un pagne pour les grands moments de la vie

Pour Pagdi Ouali, le cencengu est un pagne spécial. Il est présent dans toutes les grandes étapes de la vie du gulmancé. « La jeune fille porte ce pagne-là. C’est ce pagne qu’on amène pour la dot. C’est encore ce pagne que les circoncis portent à leur sortie d’initiation. Quand une fille se marie et que son mari la trouve vierge, c’est ce pagne qu’il apporte comme cadeau à sa belle-mère pour lui dire merci d’avoir gardé sa fille digne jusqu’au mariage », explique la promotrice.

Depuis quelques années, il y a comme un regain pour la promotion du cencengu. En mars dernier, tous les membres de la délégation spéciale communale de Fada N’Gourma se drapaient tous en cencengu lors de la première session ordinaire de l’année 2026.

Pagdi Ouali explique les différents motifs du cencengu, Ph : Studio Yafa, avril 2026, Fada

Son boubou en Faso danfani n’est certes pas aux couleurs du cencenngu, mais l’écharpe qu’il porte au cou, oui. Le vice-président de la délégation spéciale du Conseil régional de l’Est, Noel Yempabou Combary, s’affiche rarement sans une couleur qui fasse référence au cencengu. Il rappelle que c’est une étoffe caractéristique de la région de l’Est, « un patrimoine régional à promouvoir ». Il dit avoir constaté un regain d’intérêt pour ce tissu aussi bien dans la région qu’au-delà. Un signe selon lui, de la « déconstruction » progressive des « esprits pour amener les gens à adopter la patrimoine local ».

Le Cencengu sort du Gulmu

À Ouagadougou, Mindieba Ouali fait partie de ceux qui portent le Cencengu comme un étendard. Travailleur social, blogueur et ambassadeur culturel, il a même créé un hashtag pour donner un éclat international dans le pagne dans lequel il se reconnait.

Mindieba Ouali fait la promotion du cencengu sur les réseaux sociaux, Ph: Studio Yafa, avril 2026, Fada

« J’ai voulu cette signature numérique pour permettre que ce pagne soit connu au-delà des frontières. Aborer le cencengu, c’est une fierté affirmée parce que par-dessus tout, c’est comme quand on soulève le drapeau. Il y a un sentiment qu’on ne peut décrire. On porte l’identité du gulmu. Il n’est pas rare de porter cette tenue et de voir quelqu’un vous saluer en gulmancema. Plusieurs fois, il est arrivé que, par la tenue, nous soyons identifiés. C’est donc une tenue identitaire très remarquable », soutient l’ambassadeur culturel.

Une retombée dans les ateliers

Qui mieux que les tisseuses pour témoigner du regain d’engouement pour le cencengu. En tout cas, au centre de formation professionnelle « Divine Grâce » de Mme Ouali, les métiers à tisser ne cessent de sortir modeler des bandes. Plus qu’avant. « J’ai constaté un regain d’intérêt ces dernières années pour le cencengu. On tisse beaucoup et cela nous fait beaucoup plaisir. J’ai beaucoup aimé la valorisation parce que ça m’a apporté beaucoup en termes d’opportunités. Avant, on tissait, mais pas comme maintenant. C’était notamment quand il y avait cérémonie que les gens commandaient. Mais maintenant, chaque jour nous tissons le cencengu. Beaucoup de tisseuses peuvent témoigner », confirme-t-elle.

Le vice-président de la délégation spéciale du Conseil régional de l’Est plaide pour une codification du cencengu, Ph: Studio Yafa, avril 2026, Fada

Des autorités, des grossistes, des couturiers comptent parmi les clients. Elle ajoute que les commandes fusent au point qu’elle a même ouvert une boutique dans la capitale pour vendre ses productions. Et comme il fallait s’y attendre, le pagne qui est beaucoup demandé est le cencengu.

Lire aussi : Le fil burkinabè face au fil ghanéen, la bataille du Faso Danfani à Koudougou

Au regard de son regain, le vice-président de la délégation spéciale du Conseil régional de l’Est soutient l’idée d’une codification. Raconter l’histoire de ce marqueur culturel, ses usages et ses spécificités. Cela pourrait contribuer à maintenir son ancrage culturel et surtout à lutter contre la fraude qui guette le secteur en pleine expansion.

Dans l’atelier, Salmata poursuit son ouvrage. Les bandes rouges, noires et bleues avancent lentement sous la navette. Le cencengu prend forme sous la supervision de Pagdi Ouali. Une des actrices de cette reconquête par l’étoffe.

Tiga Cheick Sawadogo