Coupe du monde 2026: Au Burkina Faso, les astuces des supporters pour vivre la compétition
Des supporters débout dans un maquis de Ouagadougou pour un match de la Coupe du monde 2026. Photo: Studio Yafa.

Coupe du monde 2026: Au Burkina Faso, les astuces des supporters pour vivre la compétition

L’équipe nationale du Burkina Faso, les Étalons, ne participe pas à la Coupe du monde 2026. En plus, la télévision nationale a seulement les droits de retransmission pour quelques matchs. Malgré tout, des passionnés trouvent des moyens de suivre ces rencontres, parfois à des heures tardives.

Assis au bord d’une route, les yeux sur un téléviseur qui diffuse la rencontre entre la Côte d’Ivoire et le Curaçao, Abdoul Rachid Tapsoba ne se contente pas de ce seul match. Dans sa main, son téléphone portable lui permet de suivre en même temps Allemagne-Équateur, une autre rencontre qui se déroule au même moment. C’est le moyen qu’il a trouvé pour suivre les deux matchs à la fois.

« Vu que la RTB n’arrive pas à diffuser tous les matchs, nous avons trouvé des stratégies. Il faut avoir Play Store et télécharger une application. Moi, j’en ai deux (…) Il y a tellement d’applications que tu peux télécharger pour suivre les matchs », explique Abdoul Rachid Tapsoba.

Lire aussi: Bertrand Traoré et ses coéquipiers rêvent de disputer la Coupe du Monde

Cette année, la télévision nationale du Burkina Faso ne détient pas les droits de diffusion de l’ensemble des rencontres. Elle diffuse seulement quelques matchs. En plus, le fournisseur habituel qui ne dispose pas non plus des droits de retransmission de cette Coupe du monde au Burkina Faso. Cette situation pousse de nombreux supporters à se tourner vers Internet.

Certains supporters utilisent des applications, parfois craquées, pour suivre les matchs de la Coupe du monde 2026. Photo: Studio Yafa.

Pour Abdoul Rachid, suivre les matchs sur son téléphone présente aussi des avantages. « Je trouve que c’est un moyen plus simple de suivre les matchs chez soi. Il suffit juste d’avoir la connexion. Quand on n’aime pas le bruit, c’est mieux. La principale difficulté, c’est le réseau. Souvent, quand la connexion est mauvaise et qu’on utilise ses propres données, c’est compliqué. Sinon, c’est un moyen fiable de suivre les matchs », souligne-t-il. Seulement, les applications qu’il utilise sont pour la plupart illégales. Légal ou pas, c’est le moyen qu’il utilise moyennant une connexion Internet.

Les maquis s’adaptent aussi

Dans plusieurs débits de boissons de Ouahigouya, les gestionnaires profitent de ces occasions pour attirer les amateurs de football. Mais l’absence de diffusion de certains matchs oblige également les tenanciers à chercher des alternatives. Sidiki Bakaye Traoré gère un débit de boisson à Ouahigouya. A l’approche de la Coupe du monde, il a trouvé une astuce en passant par un abonnement à l’étranger.  « Il y a l’IPTV, mais il faut une bonne connexion. Comme le réseau n’est pas fluide ici, j’ai trouvé un abonnement qui passe par le Bénin pour recevoir les chaînes BeIN Sports en français grâce à un décodeur qui fonctionne avec un signal », raconte-t-il. Grâce à ce moyen et avec un abonnement jugé moins cher, il dispose d’une grande quantité de chaînes qui lui permet de ne manquer aucune rencontre de la Coupe du monde.

Lire aussi: « Incha’ Allah, je jouerai la Coupe du Monde avec le Burkina Faso »

En plus des difficultés techniques, il y a aussi le décalage horaire. Plusieurs rencontres sont programmées à deux ou trois heures du matin. Ces horaires peuvent parfois créer des tensions dans les foyers. Pour Sidiki Bakaye Traoré, tout repose sur la compréhension au sein du couple. « Si vous dites déjà à votre femme que vous êtes amoureux du football, elle connaît cette passion. Quand vous sortez pour suivre certains matchs, il faut lui expliquer. Cette Coupe du monde, ce n’est pas simple. On essaie de demander la compréhension de la femme, sinon ce n’est pas facile », souligne Sidiki Bakaye Traoré.

La cherté de la connexion

Le constat est pareil à Ouagadougou. Au quartier Wemtenga, c’est dans un maquis célèbre de la place que des passionnés de football se retrouvent pour vivre les émotions de la Coupe du monde. Au programme, la Côte d’Ivoire et la Norvège. Certains sont là pour l’ambiance, d’autres par manque d’alternative.

Pour permettre à sa clientèle de ne manquer aucune affiche, le gérant du maquis a investi dans un décodeur spécial. Sa stratégie lui permet de diffuser toutes les rencontres de la Coupe du monde et de se faire de la clientèle. Parmi les spectateurs, Diapa Ousmane fait partie de ceux qui préfèrent ces espaces par manque d’autres possibilités. « J’essayais de me connecter avec une application pour suivre sur le téléphone, mais il faut mettre au moins 2 500 francs CFA de méga pour suivre un seul match. C’est trop cher », lance-t-il en riant. Donc, en venant ici, il peut suivre la rencontre juste au bord de la route et repartir.

Supporters burkinabè suivant un match de la Coupe du monde 2026 dans un maquis. Photo: Studio Yafa.

Lorsque l’occasion se présente, il préfère utiliser un réseau Wi-Fi public, communément appelé Wifizone, dont l’accès coûte entre 100 et 200 francs CFA l’heure. La solution est moins chère. Mais le jeune homme ne peut pas s’offrir cela chaque jour. En plus, suivre un match sur un téléphone ne procure pas les mêmes sensations que devant un grand écran entouré d’autres supporters.

L’ambiance avant tout

En plus de l’ambiance, il y a la qualité des commentaires proposés par certaines chaînes. Habitant à quelques minutes seulement de là, il préfère faire le déplacement chaque fois que son emploi du temps le lui permet, du fait du décalage horaire. « Si ce n’est pas à des heures tardives, on suit les matchs. Mais, si ce sont des heures tardives, on laisse parce qu’après, il faut aller au service et ce n’est pas simple », explique Benjamin. Il préfère renoncer au programme tard dans la nuit pour être prêt le matin au service. Comme beaucoup de travailleurs, il renonce aux affiches programmées tard dans la nuit afin d’être en forme le lendemain.

Pour Ismaël également, le décalage horaire fait partie des difficultés. Après une journée de travail, il lui est difficile d’enchaîner avec plusieurs heures devant un écran. « Si tu passes toute la journée à travailler pour veiller encore pour suivre un ou deux matchs, tu ne peux pas être en forme le lendemain dans ton boulot », regrette-t-il. C’est pourquoi il met l’accent sur les matchs des équipes africaines en plus du Portugal. Malgré ces contraintes liées au décalage horaire, au manque de droit de diffusion, la plupart de ces passionnés espèrent surtout un premier sacre africain à la Coupe du Monde.

Boukari Ouédraogo et Mansour Gassambé (Collaborateur)