Dans plusieurs quartiers de Bobo-Dioulasso, les déchets ménagers s’accumulent dans les caniveaux, les espaces vides et aux abords des habitations. Des habitants réclament l’installation de bacs à ordures et une meilleure organisation de la collecte des déchets.
À Kuinima, Kôkô, Bindougoussou ou encore Dogona, les tas d’ordures font désormais partie du décor. Caniveaux, terrains vagues et devantures de concessions servent de dépotoirs improvisés. Restes de nourriture, sachets plastiques et eaux usées s’y accumulent, au grand désarroi des habitants. Si certains incriminent les pluies et le vent, d’autres dénoncent surtout le manque de civisme de certains riverains.
Devant sa concession, Gaston Sanou (nom d’emprunt) observe avec amertume le caniveau envahi par les déchets. Sachets plastiques, gobelets jetables, noyaux de mangues… flottent sur une eau noirâtre. « Parfois, on ne sait vraiment pas d’où viennent toutes ces saletés », déplore-t-il.
Avec quelques voisins, il organise régulièrement des opérations de nettoyage, même si elles restent difficiles à maintenir dans la durée. « Il y a des weekends, quand on constate que les ordures sont de trop, nous prenons nos gants et nos pelles pour enlever ce qu’on peut enlever », indique-t-il. Mais, une fois les déchets ramassés, où les déposer ? C’est la question qui revient à chaque action.
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En effet, s’ils font parfois appel à la mairie pour le ramassage, il leur arrive de les entasser dans un endroit. Mais, là aussi, le vent peut tout enlever et ramener dans les concessions. « Quand on entasse comme ça, la mairie peut faire 48 h à 72 h avant de venir ramasser, malheureusement, quand le vent s’invite, tout est de nouveau dispersé », fait-il savoir.
À Dogona, la situation n’est guère différente. Près des rails, Natacha, jeune étudiante, dit être lasse de rappeler le voisinage à l’ordre. « C’est le matin qu’on voit les saletés. Ils attendent la nuit pour sortir jeter au niveau de l’espace vide. « On a parlé sans cesse, mais ils continuent toujours », raconte tristement Natacha. Dans ce quartier de Bobo-Dioulasso, il existe plusieurs espaces vides qui servent de dépotoirs à certains riverains. Près du canal traversant le quartier, le constat est aussi alarmant.
« Quand il pleut, c’est encore mieux, l’eau emporte les saletés et ses lots d’odeurs. Sinon en période de chaleur, cela devient difficile. Et comme la pluie se fait aussi rare, les rares eaux qui stagnent appellent les moustiques », témoigne Ben Konaté (nom d’emprunt). Ben Konaté appelle les autorités à installer des bacs à ordures dans les quartiers populaires et à mettre en place une gestion communautaire de ces équipements.
Des risques sanitaires bien réels
L’insalubrité dans ces quartiers de Bobo-Dioulasso n’est pas sans conséquences sanitaires. Gaston affirme que le paludisme est monnaie courante dans le quartier. À cela s’ajoutent des maux de ventre récurrents, qu’il attribue aux mauvaises odeurs. . « Ici, on ne s’assoit jamais devant la porte pour faire le thé. On a notre grin dans un autre quartier », dit-il l’air amusé.
Natacha s’inquiète, quant à elle, de la dégradation du cadre de vie. « Beaucoup ne savent pas que faire le palu fréquemment peut entrainer d’autres maladies plus graves », dit-elle. A l’entendre et visiblement remontée, les autorités ne doivent rien faire pour les populations qui refusent de prendre soin de leur santé. Comme Ben, elle recommande cependant aux collectivités à disposer des poubelles dans les quartiers et de confier la gestion à un comité restreint.
Millogo Nathalie, coordinatrice du projet de veille citoyenne dans le secteur de l’eau et de l’assainissement/FASOVEIL au sein du CESAO (Centre d’Études et d’Expérimentations Économiques et Sociales de l’Afrique de l’Ouest) à Bobo-Dioulasso, fait également le même constat. « En milieu urbain burkinabè, et particulièrement à Bobo-Dioulasso, la gestion de l’hygiène communautaire reste le parent pauvre des politiques d’assainissement. L’accent a longtemps été mis sur l’accès à l’eau potable, reléguant la gestion des excréta au second plan », dit-elle.
Des solutions pour inverser la tendance
Pour inverser la tendance, Nathalie Millogo préconise une approche intégrée combinant rigueur technique, engagement citoyen et volonté politique. Dans le cadre du projet FASOVEIL, la coordinatrice indique que les citoyens peuvent interpeller les municipalités pour que les budgets locaux allouent des ressources conséquentes à l’assainissement, et pas seulement à l’eau. « Il faut exiger la construction et le bon fonctionnement de stations de traitement des boues de vidange (STBV) », recommande-t-elle.
Pour la gestion des fosses septiques, elle propose l’application stricte des textes et de la réglementation. Les services municipaux d’urbanisme doivent être, dit-elle, plus stricts lors de la délivrance des permis de construire en exigeant des plans de fosses septiques normalisées. « Le plus essentiel est la prise de conscience des populations sur l’importance de l’hygiène, car sa dégradation peut entraîner des conséquences néfastes sur la santé », conclut Nathalie Millogo.
Mousso News avec Studio Yafa
