Maxime Dala, l’un des derniers gardiens du lolo en pays San
Maxime Dala se donne pour mission de transmettre l'éritage du lolo,Studio Yafa, mai 2026, Ouagadougou

Maxime Dala, l’un des derniers gardiens du lolo en pays San

Dans la province du Nayala au Burkina Faso , le lolo ou koon en langue san, résonne encore grâce à Maxime Dala. Hérité de son père, cet arc à bouche accompagne les grandes cérémonies heureux et tristes, et transmet des messages que seuls les initiés savent interpréter. Mais face au désintérêt des jeunes, le musicien craint de voir disparaître cet héritage séculaire.

Assis à l’ombre d’un arbre, Maxime Dala cale son arc à bouche contre son épaule. Une fine baguette fait vibrer la corde tandis qu’un petit bâton, déplacé avec précision, module les sons. Sa bouche entrouverte sert de caisse de résonance et amplifie chaque vibration. Ce geste, il le répète depuis l’enfance, lorsqu’il observait son père jouer du lolo, aussi appelé « koon » en langue San. Aujourd’hui, il est l’un des derniers dépositaires de cet héritage musical dans le Nayala.

Maxime Dala a appris à joué le lolo aux côtés de son défunt père, Studio Yafa, mai 2026, Ouagadougou

« J’ai été initié par mon défunt père Dalla Daouda François à ma classe de CE2, lui-même a été initié par son père, mon grand-père. Quand j’étais au CM2, j’étais déjà aguerri. C’est d’ailleurs à partir de ma classe de CM2 que j’ai commencé à jouer officiellement, même dans les cérémonies », se souvient le musicien. En pays San, le lolo accompagne les grands moments de la vie chez les Sana. Des baptêmes aux funérailles, en passant par les mariages et les sorties de masques.

Un instrument qui parle aux initiés

Comme son père avant lui, Maxime apprend en gardant le troupeau. Les longues journées dans la brousse se prolongent souvent par des nuits d’entraînement sous un manguier. « Derrière les animaux, nous ne cessions jamais de jouer. Le soir venu, mes amis et moi nous nous asseyions sous ce manguier, souvent jusqu’au petit matin. Nous avons passé de nombreuses nuits à nous exercer », raconte-t-il.

A l’extrémité de l’arc à bouche, un bâton module le son, Studio Yafa, mai 2026, Ouagadougou

La mélodie qui s’élève sous l’arbre intrigue le visiteur. Un instrument de musique à une corde  pour distiller des sonorités qui peuvent être entendues au loin. Pour les habitants du Nayala, le koon est un instrument intimement lié à l’identité San. Un simple air suffit parfois à réveiller des souvenirs ou à transmettre un message que seuls les initiés savent déchiffrer.

Pour les initiés, le lolo ne produit pas seulement une mélodie. Il transmet un langage que seuls ceux qui en connaissent les codes peuvent comprendre. Urbain Toé, promoteur du festival de la culture San (FESCUSAN) est de ceux-là qui savent écouter les sons du Koon autrement. Même à mille lieues de son natal, quand il entend le son de l’arc à bouche, les yeux fermés, il peut parier qu’il y a un membre de sa communauté dans les parages. Pour lui qui se dit initié, il peut même déchiffrer le message qui est donné. Parce que si pour le profane ce sont juste des sons qui s’éveillent, pour le San initié, c’est bien d’autre chose.

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« Quand j’entends le son du Lolo, sans que le musicien n’ouvre la bouche pour parler, je sais quel message qu’il donne. Ça te réveille.  C’est réservé aux initiés, puisqu’il faut y être dedans pour comprendre. Nous qui sommes nés dans la chose, quand il joue, il peut retracer l’histoire d’une famille en jouant avec l’instrument », poursuit le promoteur de festival.

Urbain Toé invite régulièrement Maxime Dala à son festival, Studio Yafa, mai 2026, Ouagadougou

Au-delà du message, comme toute musique qui adoucit les mœurs, le son du koon apaise Henri Dieudonné Koh, membre de la société de masque de Gossina, un département de la province du Nayala. « C’est un instrument, même si tu es un peu stressé, quand tu entends et que tu comprends le sens même de ce qu’il dit, en tout cas, tu vas t’enjailler et l’esprit va revenir à la place. Tu auras le moral », admet le jeune membre de la communauté de masque de Gossina. Selon lui, il arrive que le son de lolo accompagne la sortie des masques et imprime la danse.  

Le combat pour sauver le lolo

Avec sa troupe à une certaine époque, Maxime Dala, se rappelle avoir participé à la semaine nationale de la culture. Trois participations dont il se rappelle avec nostalgie. Son regard est encore lointain quand il évoque leur participation à un festival à Montpellier en France en 2007. Le lolo avait conquis les festivaliers. Malheureusement, Maxime est pratiquement l’un des derniers héritiers de cet instrument traditionnel de musique.

« Aujourd’hui, les jeunes s’intéressent moins à cet instrument. La passion n’y est plus. Je suis pratiquement le seul à ce jour et cela n’est pas à mon honneur », constate-t-il avec amertume. Il reconnâit par contre que l’apprentissage de l’instrument demande du temps et beaucoup de sacrifice. Ce n’est pas aussi facile qu’on pourrait le croire.

Son rêve est de créer un centre de transmission des plus jeunes. « Sans apprentissage, sans centre d’initiation, l’arc à bouche, notre patrimoine disparaitra après notre génération. Je ne voudrais pas mourir avec ce savoir sans pouvoir le transmettre », ajoute-t-il, comme un cri de cœur.

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En attendant que le centre voie le jour, Urbain Toé, promoteur du festival de la culture San (FESCUSAN), constatant le danger qui guette l’instrument traditionnel, invite régulièrement Maxime lors des manifestations. « C’est pour que ça ne disparaisse pas que nous l’invitons. Les 4 éditions du festival, il est toujours là. Depuis la première édition, il vient chaque fois jouer », explique Urbain qui dit espérer qu’à l’issue de ces prestations, une bonne volonté se propose d’accompagner le musicien pour répandre son savoir-faire.

À 49 ans, l’instrumentiste Maxime Dala continue de faire résonner le koon, dans l’espoir que des jeunes prennent un jour le relais et perpétuent cet héritage.

Tiga Cheick Sawadogo