La province du Nahouri fait partie des régions forestières du Burkina Faso. Cependant, ces espaces sont exposés aux coupes abusives de bois. Les agents des Eaux et Forêts misent sur la sensibilisation pour lutter contre l’exploitation illégale des ressources forestières.
Dans la province du Nahouri, les autorités ont mis en place un dispositif de veille pour prévenir ces coupes, en travaillant en étroite collaboration avec les paysans. Le village de Kadro, situé à une dizaine de kilomètres de Pô, en est un exemple. Ahéro Bitono, installé dans ce village depuis plusieurs années, fait partie des personnes chargées d’assurer la veille et d’alerter les autorités lorsque des individus enfreignent la loi.
Face à l’ampleur des coupes de bois, les autorités ont décidé d’agir en impliquant les premiers concernés. Ahéro Bitono faisait partie de ceux qui coupaient le bois pour le revendre ou l’utiliser comme bois de chauffe. En plus de l’exploitation du bois, certains s’adonnaient aussi à la récolte de fruits de karité et de néré non mûrs. Une pratique qui compromet leur production et leur régénération. Mais, à la suite de plusieurs séances de sensibilisation, la donne a changé.

« Chaque année, les forestiers viennent échanger avec nous. Ils nous expliquent ce qu’il faut faire pour protéger la forêt et nous demandent d’abandonner les pratiques qui détruisent l’environnement », raconte-t-il. Dans ce village riverain de la forêt, Ahéro Bitono mesure les bénéfices que lui procure cet espace. « Les arbres nous donnent des fruits. Nous les utilisons aussi pour nous soigner. Nous savons bien que sans les arbres, il n’y a pas de pluie », explique l’agriculteur. Selon lui, les habitants ont progressivement pris conscience de la nécessité de préserver cette forêt.
« Nous sensibilisons autour de nous d’abord »
Cette sensibilisation commence à produire des effets. « Nous sensibilisons aussi autour de nous. Lorsque nous constatons de mauvaises pratiques, nous interpellons d’abord les auteurs. Si cela ne suffit pas, nous les dénonçons aux gardes forestiers », ajoute Ahéro Bitono. La stratégie est simple mais donne des résultats satisfaisants. Christophe Ouédraogo, agent des eaux et forêt, est le point focal à Kadro. Il intervient fréquemment pour aider à adopter des comportements responsables. Les échanges portent sur les bonnes pratiques à adopter et les comportements à éviter afin de préserver les ressources naturelles. « Notre rôle est de les sensibiliser à l’entretien et à la préservation des ressources forestières », explique Christophe Ouédraogo.
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Pour cet agent des Eaux et Forêts, la protection de la forêt ne peut se faire sans l’implication des populations locales. C’est pourquoi il s’attache d’abord à instaurer une relation de confiance avec elles. « Nous sommes des étrangers dans leur milieu. Ce sont les habitants qui connaissent le terrain. Ils nous accompagnent en signalant les coupes de bois et toute autre activité illégale afin que nous puissions intervenir rapidement », explique Christophe Ouédraogo.

Une richesse nationale
Cette collaboration entre les populations et les services forestiers est d’autant plus importante que le Nahouri abrite l’un des plus vastes patrimoines forestiers du Burkina Faso. La province fait notamment partie du complexe écologique PONASI (Pô-Nazinga-Sissili), qui s’étend sur plus de 350 000 hectares. Il comprend notamment le Parc national Kaboré-Tambi et le Ranch de gibier de Nazinga, selon le ministère en charge de l’Environnement.
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Malgré cette richesse, les ressources forestières sont de plus en plus menacées par la recherche de nouvelles terres cultivables, l’installation de populations et l’exploitation illégale du bois. Selon Daouda Traoré, directeur provincial de l’Environnement du Nahouri, cette pression est principalement liée à la précarité économique de certaines populations. « Les ressources forestières sont aujourd’hui les plus accessibles aux personnes les plus vulnérables. Pendant que nous les protégeons, d’autres continuent de les exploiter frauduleusement », explique-t-il.
Pour lui, la sensibilisation, à elle seule, ne suffit plus. Faute d’activités génératrices de revenus, certaines personnes continuent de couper du bois dans les forêts. « Des intrusions sont régulièrement constatées. Certaines personnes abattent des arbres sans autorisation simplement pour gagner de l’argent », déplore le directeur provincial.
Sensibiliser, mais aussi sanctionner
Pour freiner cette dégradation, la sensibilisation ne suffit pas à elle seule. Les autorités misent également sur l’application de la loi. Lorsque les règles ne sont pas respectées, des sanctions sont prévues. « Toute personne prise en flagrant délit de chasse illicite sur certaines espèces est passible d’une amende allant de 100 000 à 5 millions de francs CFA ou d’une peine d’emprisonnement », rappelle Daouda Traoré.
Malgré ces mesures, les autorités reconnaissent que la pauvreté et la pression démographique alimentent l’exploitation anarchique de la forêt. Elles s’appuient également sur des organisations partenaires qui accompagnent les populations dans la mise en place de jardins potagers et d’autres activités génératrices de revenus.
Boukari Ouédraogo
