À Bobo-Dioulasso, les légumes sont habituellement moins chers qu’ailleurs pendant la période de soudure. Mais cette année, l’exception ne tient plus. La flambée des prix a aussi gagné la capitale économique du Burkina Faso.
À Bobo-Dioulasso, le marché des fruits et légumes, communément appelé Léguéma Lôgô, est réputé pour l’abondance de ses produits maraîchers. Mais en cette période de soudure, le constat est loin d’être reluisant.
Les étals autrefois bien garnis sont aujourd’hui presque vides. Dans les allées, les clients passent d’un stand à l’autre. Mais, difficile de remplir le panier de la ménagère.

« C’est le troisième marché, dans lequel nous sommes en train de tourner. Même pour avoir du persil de 100 francs, il n’y a pas. C’est 250, c’est 300. 300 aussi, environ 3 tiges. C’est à prendre ou à laisser », fulmine Madame Traoré, le visage grave.
Pas loin d’elle, c’est Sétou Koné qui fait aussi l’amère expérience de l’augmentation des prix des condiments qu’elle avait l’habitude d’acheter. « C’est oignon, je suis venue acheter. Avant on achetait à 1000 francs, mais aujourd’hui, la boîte fait 1500. Bon, les tomates aussi, n’en parlons pas », constate-t-elle, impuissante.
Les commerçantes expliquent la hausse
Devant leurs étals, plusieurs commerçantes attendent les rares clients. Les discussions tournent presque toujours autour des prix. Depuis plusieurs mois, Koro Sanou passe une bonne partie de ses journées à expliquer à ses clients pourquoi les prix ont autant augmenté.
« Bon, actuellement, les condiments, c’est pas simple. Nous-mêmes on part en brousse pour en chercher. Quand on revient et qu’on fixe les prix aux clients, certains nous regardent méchamment, d’autres même font tchurr et puis ils passent », explique la commerçante. Selon elle, la rareté des légumes dans les villages où ils étaient produits crée la pénurie en ville, occasionnant ainsi la flambée des prix.
Le problème commence dans les champs
Koundougou, situé à une soixantaine de km de Bobo. Le village fait partie des principaux bassins de production maraîchère qui approvisionnent Bobo-Dioulasso. Soumaïla Ouédraogo est un producteur. Il pointe du doigt les effets du changement climatique. « On n’arrive plus à produire à une longue période de l’année. Ça, c’est une réalité. Et les semences que nous avons aussi n’arrivent pas à nous satisfaire pour une production », tente-t-il comme explication.
Le président de la faîtière des légumes et fruits se veut rassurant. Abdoul Kader Samadoulgou évoque des pistes de solutions pour une sortie durable de cette crise. La bouée de sauvetage pour les années à venir pourrait être l’irrigation. Les producteurs misent aussi sur l’innovation pour adapter leurs cultures aux effets du changement climatique.
« Il faut de l’innovation. On est en train de produire d’autres spéculations qui n’étaient pas ici. On a le système d’irrigation qu’on est en train de maîtriser avec les cycles de ces produits-là pour qu’ils s’adaptent à notre climat », explique le président.
Peut-être qu’avec ces innovations, les prochaines périodes de soudure seront moins difficiles pour les ménages. En attendant, dame Traoré a déjà pris sa décision. « Prochainement, on va faire notre jardin », promet-elle.
Adama Coulibaly ( Correspondant)
