FASOVEIL : les OSC renforcent la prise en compte du genre
Des participants à un atelier du CERAPF, Ph : Mousso Mews

FASOVEIL : les OSC renforcent la prise en compte du genre

La prise en compte du genre est l’un des piliers du projet FASOVEIL. Les organisations partenaires multiplient les initiatives pour renforcer la participation des femmes aux espaces de décision. Malgré ces avancées, des obstacles socioculturels et institutionnels demeurent.

Le 17 juin 2026, plus d’une trentaine d’acteurs de la société civile se retrouvent dans une salle de l’ancienne Assemblée nationale, à Ouagadougou, pour un atelier organisé par le Centre d’information et de formation en matière de droits humains en Afrique (CIFDHA). Plus d’une trentaine de participants, venus de plusieurs régions du Burkina Faso, notamment du Yaadga, du Nazinon et du Goulmou, prennent progressivement place. Jeunes, hommes et femmes y sont représentés, reflet de la volonté des organisateurs de promouvoir une participation inclusive.

« Le genre est une thématique transversale importante dans le projet FASOVEIL. Les femmes et les jeunes constituent nos principales cibles. Il est donc essentiel qu’ils participent pleinement aux prises de décision », explique Zio Babou, chargé du programme Gouvernance politique locale du projet FASOVEIL au Laboratoire Citoyennetés.

Une vue de participants à un atelier organisé par le CNOSC/BF, Ph : Studio Yafa

Cette orientation est intégrée dès la conception du projet. Les organisations candidates précisent, dès les appels à projets, la manière dont elles prendront en compte le genre. Cette approche est ensuite consolidée lors des ateliers de co-construction. « Nous veillons à une représentation équilibrée des différents publics ciblés lors de nos activités », précise Zio Babou.

Pour assurer le suivi de ces engagements, le Laboratoire Citoyennetés s’appuie sur sa responsable genre, Marie Joëlle Tougma, appuyée par un chargé de suivi-évaluation. Des rapports de capitalisation documentent les initiatives des organisations partenaires.

Le CERA-FP intègre le genre dans ses interventions

Au Centre d’étude et de recherche appliquées en finances publiques (CERA-FP), la prise en compte du genre se traduit par des actions concrètes. Le 20 juin 2026, plus d’une trentaine de participants, dont une dizaine de femmes et plusieurs jeunes, prennent part à une activité du CERA-FP organisée dans le cadre de FASOVEIL.

Dans les communes d’intervention, le CERA-FP veille à ce qu’au moins 30 % des membres des comités de dialogue et de veille citoyenne soient des femmes, une exigence également appliquée aux espaces de décision et de gouvernance locale.

Pour Lina Gnoumou, chargée de programme au sein du projet FASOVEIL, cette démarche commence dès la conception des actions. Les interventions sont conçues à partir des besoins des différents publics et suivies à l’aide de données désagrégées par sexe.

Elle indique que le CERA-FP accompagne également les collectivités locales dans la budgétisation sensible au genre à travers le renforcement des capacités des OSC, des élus locaux et des délégations spéciales sur le budget participatif.

Malgré ces avancées, plusieurs défis demeurent. Le manque de données fiables ventilées par sexe dans certaines localités complique le suivi des actions. À cela s’ajoutent une compréhension encore limitée du concept de genre chez certains acteurs locaux, des pesanteurs socioculturelles qui freinent la participation des femmes, ainsi que des ressources financières insuffisantes pour assurer un suivi plus approfondi. Selon Lina Gnoumou, les urgences sécuritaires et économiques relèguent parfois les questions d’égalité au second plan.

Ces efforts produisent néanmoins des résultats, estime Lina Gnoumou. Pour elle, cette approche permet de mieux prendre en compte les besoins des populations, de renforcer la participation des femmes et d’améliorer l’efficacité des actions. Elle contribue également à améliorer l’efficacité des actions menées et le contrôle citoyen.

Le CNOSC/BF renforce son approche avec un Groupe thématique Genre

À l’instar des autres organisations partenaires de FASOVEIL, le Conseil national des organisations de la société civile du Burkina Faso (CNOSC/BF) a fait de la prise en compte du genre un axe majeur de son action. Pour renforcer cette approche, il a mis en place un Groupe thématique Genre (GTG), composé d’organisations disposant d’une expertise dans ce domaine.

Selon Djakaridja Minanhoro, secrétaire permanent du Conseil, les actions de son organisation intègrent les préoccupations des femmes grâce à un suivi fondé sur des données désagrégées par sexe. Cela permet d’adapter les recommandations aux réalités des populations. L’accompagnement du Laboratoire Citoyennetés a renforcé l’intégration du genre, la collecte de données et la formulation de recommandations destinées aux décideurs publics.

Malgré ces avancées, plusieurs difficultés persistent. Djakaridja Minanhoro évoque une compréhension encore inégale des concepts liés au genre, des pesanteurs socioculturelles qui limitent la participation des femmes aux espaces de dialogue. Il pointe du doigts aussi une faible représentation des femmes dans certaines organisations locales, ainsi que l’insuffisance des ressources financières pour mettre en œuvre toutes les actions envisagées.

Pour le secrétaire permanent, ces contraintes n’ont pas empêché des avancées significatives. La mise en place du Groupe thématique Genre a contribué à harmoniser la compréhension des acteurs impliqués dans le projet, à améliorer la qualité des interventions et à renforcer la prise en compte des besoins des femmes dans les processus de suivi citoyen. Elle a également favorisé leur participation à la gouvernance locale et au dialogue avec les pouvoirs publics.

L’inclusion reste un chantier ouvert

Si les organisations partenaires de FASOVEIL accordent une place importante à la prise en compte du genre, la question de l’inclusion des personnes vivant avec un handicap reste encore peu développée.

Pour Marie Joëlle Tougma, responsable genre au Laboratoire Citoyennetés, les personnes vivant avec un handicap relèvent davantage des politiques d’inclusion sociale que de l’approche genre.

Le CIFDHA ouvert à la participation des personnes vivant avec un handicap à ses activités, Ph : Studio Yafa

 « Nous n’excluons pas les personnes vivant avec un handicap de nos activités. Mais nous n’en avons pas encore vu. Cela dépend des OSC que nous invitons. Si les personnes qu’elles désignent pour les représenter ne sont pas en situation de handicap, nous ne pouvons pas l’imposer », explique Abdoul Aristide Ramdé, coordonnateur du projet CIFDHA dans FASOVEIL.

 « Nous ne sommes pas aussi exigeants sur la prise en compte du handicap dans le cadre du projet FASOVEIL. En revanche, lorsqu’une organisation choisit d’intégrer des personnes vivant avec un handicap dans ses activités, cela vient renforcer nos actions ainsi que les données que nous collectons », souligne Zio Babou.

Pour les organisations partenaires, la prise en compte du genre fait désormais partie intégrante de la mise en œuvre du projet FASOVEIL. Si des progrès sont enregistrés, les acteurs estiment que le défi est désormais de consolider ces acquis et d’élargir cette dynamique aux autres dimensions de l’inclusion, notamment en faveur des personnes vivant avec un handicap.

Mousso News avec Studio Yafa