Spotify, YouTube Music, Apple Music ou Boomplay sont devenus des leviers essentiels pour la carrière des artistes dans le monde. Au Burkina Faso, pourtant, ces plateformes restent encore peu utilisées par les fans et insuffisamment mises en avant par les artistes.
« C’est quoi Spotify ? » demande Julie, étudiante à l’université Joseph-Ki-Zerbo. Fan de musique burkinabè, elle découvre pourtant pour la première fois l’une des principales plateformes de streaming musical. Nous lui expliquons que « Spotify est une plateforme de téléchargement et d’écoute des musiques. C’est un peu comme YouTube, mais là-bas, il n’y a que la musique qu’on peut écouter, contrairement à YouTube où on peut écouter la musique et voir la vidéo également ».
Découvrant ainsi cette plateforme de promotion et de visibilité des chansons, la jeune étudiante s’étonne que les artistes n’en fassent pas assez la promotion. Malgré les sorties discographiques qui s’enchaînent. Les artistes continuent surtout de promouvoir les clés USB, les CD ou les liens YouTube. Les plateformes de streaming sont rarement mises en avant.
Contrairement à Julie, Pascal Koama, promoteur d’un festival, connaît bien le streaming et son importance pour l’industrie musicale burkinabè. « Je n’écoute parfois des chansons des artistes burkinabè que sur cette plateforme. Je suis acteur culturel et je comprends l’importance », dit-il.
En choisissant d’écouter les chansons burkinabè sur ces plateformes, Pascal estime donner une force à ces artistes. « J’écoute Floby, Smarty, Tanya, Reman, etc. », égrène-t-il. Et c’est à contrecœur que Pascal s’adonne parfois à regarder les statistiques des autres artistes. « Ils sont parfois à des millions d’écoutes par mois. Ça fait plaisir de voir et l’espoir que cela puisse arriver aussi au Burkina. Qu’on puisse avoir des millions de téléchargements et d’écoutes par mois, voire plus », commente-t-il.
Des revenus pour les artistes, une vitrine pour le Burkina Faso
« Un artiste qui est beaucoup streamé gagne de l’argent. Il sera aussi connu et invité sur plusieurs scènes internationales », estime Rim’K, artiste rappeuse. Au-delà donc de l’aspect pécuniaire, l’artiste soutient que le fait de représenter toute une nation sur la scène internationale est un grand coup de Nation branding. « Quand on dit qu’il ou elle vient du Burkina Faso, c’est une grande fierté. Et le streaming permet de faire connaître l’artiste. S’il est beaucoup streamé, naturellement, il sera parmi les plus vus et les plus sollicités pour les prestations », explique la jeune rappeuse qui ne totalise que 86 écoutes par mois.
Près de 14 000 écoutes mensuelles, c’est ce que totalise Amzy à la date du 27 juillet 2026 sur Spotify. La plateforme la plus utilisée au Burkina et qui génère le plus de revenus pour lui. « Spotify paye 0,003 euro par stream », dit-il. Le calcul fait, Amzy gagne moins de 30 000 F CFA par mois avec le streaming. Il en est de même pour beaucoup d’artistes burkinabè qui ont pratiquement les mêmes statistiques en termes d’écoutes.
Ismaël Nana, community manager de l’artiste Dez Altino, estime toutefois que les retombées pécuniaires diffèrent selon le territoire. Il note que les revenus générés par l’artiste seraient d’environ 10 000 dollars, soit cinq millions de FCFA sur une période de cinq mois.
La data, un défi…
De l’avis de Issouf Balima, acteur culturel burkinabè, le défi du streaming pour certains pays africains comme le Burkina est relatif au coût de la data. Il pointe également le coût de la connexion et la qualité du réseau, qui freinent l’adoption du streaming par les mélomanes. « Si le fan veut écouter exclusivement en mode streaming, il sera confronté au prix élevé de la data et à la qualité approximative de la bande passante », regrette-t-il.
Mieux, Issouf Balima note que l’artiste doit trouver par ailleurs un éditeur qui va mettre son œuvre en ligne alors qu’il n’y en a pas assez au Burkina Faso. Pourtant : « Le streaming est une véritable opportunité pour faire rayonner l’économie culturelle burkinabè. Et cela doit rentrer dans les habitudes des fans », dit-il.
Pour Le Zulu, manager d’artiste, le streaming est une caverne d’Ali Baba non explorée par les artistes burkinabè. « Au Nigéria, beaucoup d’artistes vivent aujourd’hui du streaming. De plus, ils sont connus un peu partout dans le monde », commente-t-il.
Entre coût de la connexion, manque de promotion et habitudes de consommation encore tournées vers d’autres supports, le streaming peine à s’imposer au Burkina Faso. Pourtant, pour les professionnels du secteur, il pourrait devenir l’un des principaux moteurs de l’économie musicale de demain.
Et Issouf Balima de conclure que : « Le streaming, c’est du droit d’auteur et, en la matière, c’est l’une des économies les plus conséquentes après la scène. Il peut même rapporter plus que la scène quand c’est bien organisé ».
MoussoNews / Studio Yafa
