À Koudougou, ville natale de Maurice Yaméogo, premier président de la Haute-Volta indépendante, le 5 août garde une résonance particulière, même 66 ans après la proclamation de l’indépendance. Avec émotion, quelques-uns des derniers témoins de cette journée replongent dans leurs souvenirs. Ils évoquent une époque où toute une ville retenait son souffle dans l’attente des paroles de « Maurice ».
Dans un quartier de Koudougou, des jeunes prennent le thé à l’ombre d’un arbre. À quelques mètres de là, loin de leur brouhaha, Lanténi Cissé est tranquillement assis dans son salon. Les cheveux blanchis par le temps, le geste hésitant, mais la mémoire presque intacte. Surtout quand on parle de ces moments qui ont marqué son enfance.

En bonne place de ces souvenirs qu’il garde soigneusement dans un coin de sa mémoire, août 1960. Le mois d’indépendance. C’est sans difficulté qu’il replonge dans le temps.
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Alors élève, le formateur des jeunes agriculteurs à la retraite se rappelle que dans son quartier de Zangouetin, les préparatifs avaient commencé plusieurs jours avant la proclamation. Chaque soir, les jeunes se retrouvaient. Sans vraiment comprendre ce qu’était l’indépendance, les enfants se laissaient gagner par l’effervescence. Puis arriva enfin le 5 août 1960. Les plus grands prennent la route de Ouagadougou pour assister à la proclamation. Les enfants, eux, restent à Koudougou.
« On nous a demandé de nous rendre devant le Cercle, l’actuelle préfecture. Il y avait beaucoup de monde, de la musique, les gens dansaient. À un moment, tout s’est arrêté pour écouter la proclamation. Après, les gens se sont remis à crier et à danser. Ils ont veillé jusqu’au matin », se souvient-il, d’une voix calme, mais enthousiaste.
À cette époque, les enfants comprennent simplement que « les Blancs vont partir et les Noirs vont prendre le relais ». Mais un échange marquera durablement le jeune Cissé. Au lendemain de la fête, avec quelques camarades, il va souhaiter une bonne fête au commandant français de Koudougou. Le commandant Huré. « Il nous a dit que ce n’était pas sa fête, mais la nôtre. Puis il a ajouté qu’il existait deux indépendances : l’indépendance politique et l’indépendance économique. Nous étions trop jeunes pour comprendre ce qu’il voulait dire », poursuit Lanténi Cissé, formateur des jeunes agriculteurs à la retraite.
Quand Maurice Yaméogo revenait à Koudougou
Dans la ville, les festivités ne s’arrêtaient pas à la proclamation. Chaque retour de Maurice Yaméogo donnait lieu à de nouvelles célébrations. La ville est celle de Maurice Yaméogo. Allongé sur une longue chaise à l’ombre d’un manguier devant la porte de sa maison, Jean-Claude Nikiéma, enseignant à la retraite, se rappelle que les souvenirs les plus marquants remontent surtout au premier anniversaire de l’indépendance.

« En 1961, c’était vraiment l’effervescence. Tout le monde était habillé en Faso Danfani ». Le défilé était le moment le plus attendu des festivités. Comme les autres élèves, Jean-Claude Nikiéma défilait lui aussi en culotte noire, tricot blanc et bonnet rouge. « Il avait fait venir des parachutistes. C’était la première fois que nous en voyions à Koudougou. Certains sont même restés accrochés dans les arbres », raconte l’enseignant à la retraite, le regard lointain.
Au-delà des discours officiels, ce sont surtout les jeux et les réjouissances populaires qui ont marqué les enfants de l’époque. Après les défilés, les courses en sacs, les jeux d’adresse et les démonstrations de danse prolongeaient la fête jusque tard dans la journée.
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.Jeune fille à l’époque, la mamy Antoinette Kiendrébéogo garde, elle aussi, le souvenir d’une ville en fête. « On se sapait pour aller regarder le défilé. Nos tantes venaient des villages avec des troupes de warba. La vie était belle », résume-t-elle avec nostalgie.

La proclamation de l’indépendance à Koudougou et un peu partout au Burkina Faso était fêtée avec effervescence. Le pays célébrait son indépendance malgré les nombreux défis qui attendaient le jeune État. « Il n’y avait pas beaucoup d’argent, mais il y avait l’amour. Les gens étaient fiers. Comparé à aujourd’hui, ce n’est pas la même chose », résume Cissé Lanteni.
Au fil des années, le 5 août a perdu de sa superbe. « Quand cette date arrive, ce qui nous fait plaisir, c’est qu’on entend peut-être la voix de Maurice Yaméogo. Quand Maurice Yaméogo s’adresse aux concitoyens, on revoit le film des fêtes à Koudougou ici », se console le retraité.
Le temps a emporté une grande partie des témoins de cette journée historique. Mais grâce à quelques-uns des derniers témoins de cette période, la mémoire continue de défiler dans certaines familles de l’ancienne ville présidentielle.
Tiga Cheick Sawadogo
