Viols sur mineurs au Burkina Faso: ces violences qui se cachent derrière la confiance
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Viols sur mineurs au Burkina Faso: ces violences qui se cachent derrière la confiance

Entre janvier et juin 2026, une douzaine d’affaires de viols et d’agressions sexuelles sur mineurs ont été examinées par des juridictions burkinabè. A la barre, enseignant, surveillant scolaire, religieux ou simple proche. Un point commun dans ces affaires. Les mis en cause étaient des adultes bénéficiant de la confiance de l’enfant ou de sa famille. Face à ces violences, le ministère de la Justice appelle les parquets à davantage de fermeté.

Le silence est pesant dans la salle lorsque la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso rend son verdict, le 29 mai 2026. À la barre, un maçon de 41 ans est jugé pour le viol d’une fillette de 4 ans. L’enfant avait l’habitude de venir jouer chez lui, dans le quartier de Farakoba. Au terme du procès, l’homme est condamné à 30 ans de réclusion criminelle. C’est l’une des peines les plus lourdes prononcées au cours du premier semestre 2026 dans les affaires de violences sexuelles sur mineurs que nous avons recensées.

Quelques semaines plus tôt, le 8 mai, le Tribunal de grande instance de Ouaga I avait condamné un homme à 15 ans de prison ferme pour le viol d’une fillette de 9 ans.

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En avril, devant la même juridiction, c’est un enseignant qui comparaissait pour des faits impliquant son élève de 11 ans. L’affaire aurait été découverte à la suite de la grossesse de l’enfant. Reconnu coupable, l’enseignant a été condamné à sept ans d’emprisonnement, dont cinq ans ferme.

À Fada N’Gourma, une autre affaire jugée le 19 juin met en lumière la confiance placée dans un adulte. Un homme se présentant comme pasteur a été condamné à 11 ans d’emprisonnement, dont trois ans ferme. Il avait été reconnu coupable de violences sexuelles commises pendant deux ans sur une adolescente. Ses parents la lui confiaient pour des séances de prière censées soulager ses crises d’épilepsie.

Une réponse judiciaire appelée à se durcir

Derrière la diversité des profils et des circonstances, plusieurs de ces affaires présentent un point commun. Les victimes connaissaient les adultes mis en cause ou évoluaient dans un environnement où ceux-ci bénéficiaient d’une forme de confiance ou d’autorité. Une proximité qui pose, au-delà de la répression des auteurs, la question des mécanismes de protection des enfants.

Face aux violences sexuelles sur mineurs, le ministère de la Justice entend renforcer la réponse pénale. Dans une circulaire datée du 17 juillet 2026, le Garde des Sceaux, Me Edasso Rodrigue Bayala, a demandé aux procureurs de ne plus recourir à la médiation pénale, à la composition pénale ou aux travaux d’intérêt général dans les affaires de viol sur mineur.

Le ministre les invite également à requérir des peines pouvant aller jusqu’au maximum prévu par la loi lorsque les circonstances de l’affaire le justifient. Pour la juriste Cécile Thiombiano, cette orientation envoie un signal politique et judiciaire important sur la gravité de ces infractions. Elle rappelle cependant qu’une circulaire adressée aux procureurs ne prive pas les juridictions de leur pouvoir d’appréciation. « Un viol sur mineur n’est pas un conflit entre deux personnes qu’il faudrait simplement réconcilier. C’est une infraction grave qui porte atteinte aux droits fondamentaux et à l’intégrité d’un enfant », souligne-t-elle.

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Au-delà de la sévérité des peines, la juriste invite toutefois à s’interroger sur l’efficacité de l’ensemble du dispositif de protection. Le Burkina Faso dispose de textes réprimant les violences sexuelles et prévoyant la protection des victimes. Pour elle, l’enjeu est désormais de savoir comment ces dispositions sont appliquées et dans quelle mesure elles permettent effectivement de protéger les enfants.

« La question n’est donc plus seulement : “Avons-nous des lois ?”, mais également : “Ces lois protègent-elles effectivement les enfants ?” », interroge-t-elle.

Selon la juriste, la réponse aux violences sexuelles sur mineurs doit également passer par la prévention, la capacité à repérer les violences, le recueil de la parole de l’enfant et le signalement des faits. À cela s’ajoute la prise en charge médicale, psychologique et sociale des victimes.

Plus de violences ou une parole qui se libère ?

La succession des affaires portées devant les tribunaux peut donner le sentiment d’une recrudescence des violences sexuelles sur mineurs. Pour la psychologue Dre Yabré Awa Sandra Esther Zongo, c’est peut-être aussi la conséquence d’une libération progressive de la parole et une augmentation des dénonciations.

Cette évolution ne doit cependant pas occulter les facteurs qui peuvent accroître la vulnérabilité des enfants. Elle évoque aussi la précarité économique et le silence qui entoure encore les violences sexuelles. Autant de facteurs susceptibles d’accroître la vulnérabilité des enfants et de compliquer le signalement et la prise en charge des victimes.

Elle évoque aussi la précarité économique, le silence entourant encore les violences sexuelles et les arrangements familiaux ou communautaires. Autant d’éléments qui peuvent également compliquer la prévention, le signalement et la prise en charge des victimes.

Punir, mais aussi prévenir et accompagner

Le durcissement de la réponse judiciaire constitue un volet de la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs. Mais pour les deux spécialistes interrogées, la seule sévérité des peines ne peut suffire à prévenir ces violences et à protéger durablement les enfants.

« La véritable dissuasion repose sur une chaîne cohérente : prévenir, détecter, protéger, poursuivre, juger et accompagner », relève Cécile Thiombiano. Pour la juriste, cette chaîne suppose notamment de renforcer les mécanismes de signalement. Mais aussi, de mieux former les professionnels susceptibles de recueillir la parole d’un enfant victime. Elle insiste également sur la nécessité de combattre le silence et les arrangements familiaux ou communautaires.

Ecouter notre reportage : Le théâtre, pour lutter contre les violences sexuelles sur mineurs

Après le signalement et la réponse judiciaire se pose une autre question toute aussi essentielle. Celle de la reconstruction de l’enfant. Foi de Dre Yabré Awa Sandra Esther Zongo, les conséquences d’un viol peuvent se manifester immédiatement ou perdurer dans le temps. État de choc, troubles du sommeil, stress post-traumatique, dépression, difficultés relationnelles ou atteinte de l’estime de soi peuvent notamment apparaître chez certaines victimes.

Ces conséquences ne sont toutefois pas une fatalité, rassure la psychologue. Une prise en charge précoce et adaptée peut jouer un rôle déterminant dans le processus de reconstruction. L’enfant doit pouvoir bénéficier de soins, d’un accompagnement psychologique et d’un environnement sécurisant dans lequel sa parole est accueillie sans culpabilisation.

Mousso News avec Studio Yafa