Enfants et intelligence artificielle : entre opportunités et inquiétudes, des parents s’interrogent
Ph : Photo d'illustration. Des jeunes enfants s'initiant au numérique dans une salle de Pschool. © Studio Yafa.

Enfants et intelligence artificielle : entre opportunités et inquiétudes, des parents s’interrogent

L’intelligence artificielle s’invite progressivement dans les apprentissages des enfants et des adolescents. Si certains parents y voient un outil susceptible de faciliter l’acquisition des connaissances, d’autres redoutent qu’elle ne réduise les efforts de réflexion et ne crée une forme de dépendance. À Ouagadougou, une formation consacrée à l’IA destinée aux adolescents a dû être reportée faute d’un nombre suffisant d’inscrits. Des parents et adolescents livrent leurs perceptions de ces nouveaux outils.

Dans une salle de formation située au quartier 1 200 Logements, à Ouagadougou, les places sont presque toutes inoccupées. Un adolescent de 13 ans est installé seul devant un ordinateur. Concentré, la souris à la main, il déplace le curseur sur l’écran.

« Que fais-tu ? », lui demandons-nous. « J’apprends sur l’IA », répond-il. La formation à laquelle il devait participer avec d’autres adolescents n’a finalement pas pu se tenir comme prévu. Sur une quinzaine de participants attendus par l’entreprise, moins d’une dizaine se sont inscrits.

« Nous avons reporté la formation, faute d’avoir atteint le nombre minimum de participants », explique Abasse Balima, expert en intelligence artificielle et promoteur d’une entreprise spécialisée dans la formation en IA. Pour lui, initier les adolescents à ces technologies ne consiste pas seulement à leur apprendre à utiliser de nouveaux outils. Il s’agit aussi de développer leur esprit critique face aux contenus auxquels ils sont exposés.

« Avec les outils de l’IA, on peut tout créer », explique-t-il. Il prend l’exemple d’une image manipulée montrant la mère d’un enfant aux côtés d’un inconnu qui pourrait ensuite se présenter à lui comme un proche. Selon Abasse Balima, apprendre aux enfants à reconnaître les possibilités de manipulation offertes par l’IA peut les aider à comprendre que tout ce qu’ils voient en ligne n’est pas nécessairement authentique. La formation vise également à leur faire découvrir des outils susceptibles de les accompagner dans leurs apprentissages.

Des adolescents déjà confrontés à l’IA

Hors du centre, Ethan, 15 ans et élève en classe de 3e, utilise déjà l’intelligence artificielle pour approfondir certaines notions, notamment en mathématiques et en sciences physiques. Mais l’adolescent dit avoir conscience des limites de l’outil.

« On voit beaucoup de nos camarades qui ne veulent plus rien faire sans l’IA. On leur donne des exercices et, au lieu de réfléchir par eux-mêmes, ils utilisent l’IA pour les traiter. Ce qui est mauvais », dit-il.

Ethan aurait pourtant souhaité participer à la formation organisée par l’entreprise d’Abasse Balima. Mais, explique-t-il, ses moyens financiers ne le lui permettent pas. A 60 000 F CFA, ses parents ont estimé la somme importante, alors qu’il faut bientôt préparer la rentrée scolaire.

Toujours dans le quartier 1 200 Logements, Mira, 12 ans, profite de ses vacances en jouant avec ses camarades dans les rues du quartier. Interrogée sur ce qu’elle sait de l’intelligence artificielle, l’élève de 6e dit en avoir déjà entendu parler. « J’ai entendu un tonton parler de l’IA. Il disait qu’elle aide à faire de jolies vidéos et des montages», raconte-t-elle.

Entre intérêt et méfiance chez les parents

Mme Sawadogo est parente d’un adolescent. Elle envisage d’inscrire son enfant à une formation sur l’intelligence artificielle. Convaincue que ces outils occupent une place croissante dans le quotidien, elle préfère que son enfant apprenne à les utiliser de manière éclairée. Elle espère également que l’IA pourra l’accompagner dans ses apprentissages.

« À mon avis, cela pourrait même contribuer à améliorer son niveau scolaire », estime-t-elle. Quant à Eden Kabré, il se montre, lui, beaucoup plus réticent. Il craint notamment qu’un recours précoce à l’intelligence artificielle n’habitue les enfants à rechercher des réponses toutes faites au détriment de leur propre réflexion.

« Je voudrais que mon enfant puisse développer sa propre intelligence et ne pas tomber dans la paresse dès le bas âge », explique-t-il. Pour cette raison, il préfère, pour l’instant, ne pas laisser son enfant utiliser ces outils.

Face à ces inquiétudes, Abasse Balima défend plutôt l’apprentissage et l’encadrement. « Mieux vaut savoir et comprendre que de ne pas savoir », estime-t-il. Selon lui, apprendre aux enfants à utiliser l’intelligence artificielle pourrait leur permettre d’en exploiter les possibilités tout en développant leur vigilance face aux risques.

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La question de la place de l’intelligence artificielle dans l’apprentissage ne date cependant pas d’aujourd’hui. Dans une interview accordée à Studio Yafa en 2023, Dian Diallo, formateur dans le domaine du numérique et spécialiste de l’intelligence artificielle, appelait déjà les acteurs du système éducatif à adapter les méthodes d’enseignement à l’arrivée de ces technologies.

« Aujourd’hui, on doit même pousser les étudiants à l’utiliser pour gagner du temps, pour comprendre davantage la science, pour poser des questions complexes », estimait-il.

Selon lui, l’IA peut notamment aider à expliquer des notions complexes en les adaptant au niveau de compréhension de l’apprenant. Dian Diallo invitait ainsi les autorités en charge de l’éducation à étudier ces nouveaux outils afin de déterminer la place qu’ils pourraient occuper dans l’enseignement des enfants et des adolescents.

Mouso News avec Studio Yafa