Le circuit de la vieille ville. C’est le concept de l’association Vivre au village, à Fada, pour découvrir la ville autrement. Un voyage dans l’histoire à travers des arbres mystérieux, des lieux de culte traditionnels ou des ateliers de savoir-faire ancestraux. Pour les initiateurs, c’est une manière de raviver la fierté des Gulmancé et des Africains et de promouvoir le tourisme interne.
Les habitants du secteur 10 de Fada, surtout les noctambules, le savent bien. À certaines heures, il vaudrait mieux éviter de passer à côté de ce vieil arbre dressé sur le terrain de l’ancien siège de l’Office de santé des travailleurs (OST). Selon les récits du quartier, ceux qui s’y sont hasardés auraient reçu des gifles d’êtres invisibles.
Certains seraient ensuite tombés malades, en seraient morts ou seraient devenus fous. L’arbre en question, c’est l’ébénier d’Afrique, ô gaabu en gulmancéma ou Gāanga en mooré. Il serait habité par des génies. Un voisin dont les lumières étaient braquées sur le fameux arbre a dû changer régulièrement ses ampoules.
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L’arbre mystérieux fait partie des éléments dans le circuit de la vieille ville que propose Noël Yempabou Combary, guide national de tourisme et président de l’Association vivre au village ( VIVAVI). Lui et ses camarades présentent le projet comme un circuit pédagogique « pour expliquer et explorer notre culture à partir des éléments physiques qui nous restent ». Cet endroit et cet arbre témoignent, selon le guide, de l’existence d’un monde invisible.
« Dans la cosmogonie chez les Gulmancé, il y a un monde visible et un monde invisible. Chacun est venu au monde avec son destin qu’il tente d’accomplir. S’il l’accomplit avec dignité, il rejoindra le séjour de ses ancêtres à sa mort. S’il ne l’accomplit pas correctement, quand il va mourir, il ne rejoindra pas directement les ancêtres. Il y a d’autres étapes avant de rejoindre les ancêtres », explique Noël Yempabou Combary. À quelques pas de ce lieu craint, est enterré Amirou Thiombiano, le premier directeur général des douanes de l’ancienne Haute-Volta, né en 1934 à Fada N’Gourma, décédé le 13 mars 1975, immortalisé sur la rue des Étoiles, avenue Kwame-Nkrumah, à Ouagadougou.
Tadjiama pour le sacrifice des rois
Au secteur 11 de la ville, un nom pourrait dérouter le visiteur étranger : le puits de De Gaulle. Non, ce n’est pas le général français qui a creusé ce puits, mais un Gulmancé qui avait les mêmes caractéristiques physiques que l’ancien président français. « C’était un colosse, de plus de 2 m, très fort, capable de coiffer une case tout seul. Il a creusé ce puits il y a plus de 40 ans et a laissé une parole. Il a dit : “Jamais ce puits ne va tarir.” Et effectivement, même si les puits des alentours tarissent, le puits de De Gaulle, lui, ne tarit jamais », poursuit le guide.

À moins de 50 mètres de là, un élément de fierté passerait inaperçu. Sous un arbre, on peut voir des scories issues d’une ancienne activité métallurgique enfouies dans le sol. Pour le guide, c’est bien la preuve qu’en matière de haute technologie, comme la métallurgie, les Gulmancé, comme d’autres peuples du Burkina et d’Afrique, avaient la science. « Il y a de quoi être fier », résume-t-il.
À l’ouest du puits de Gaulle et de l’atelier ancestral de métallurgie, le barrage. Pour les goulmancés, ce n’est pas seulement une retenue d’eau. Ce lieu abriterait un esprit, le Tadjiama, qui donne son nom au marathon international de la Taanjiama. C’est un des hauts lieux surtout pour les rois du Gulmu, comme la célèbre colline Nalambou, également lieu de sacrifice des rois. « Quand il s’agit de protéger son royaume contre les épidémies, c’est ici qu’il vient s’adresser pour demander. Aussi quand il y a la sécheresse, c’est ici qu’il vient demander la pluie et ce sont les pieds dans l’eau qu’il rentre chez lui parce que la pluie va venir », poursuit le président de VIVAVI.
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Gnaandja Charles Thiombiano, agent technique d’agriculture spécialisé à la retraite, est une personne ressource de l’association VIVAVI. Selon lui, ce circuit est une occasion pour les jeunes de se reconnecter avec leur culture. Renforcer leur fierté vis-à-vis de leurs aïeux. « Dans l’organisation sociale de chaque communauté, de chaque lignée, nous avons une façon de nous organiser, avant l’arrivée du blanc. On ne dit pas de revenir à l’âge de la pierre. Mais les plus jeunes doivent se rendre compte que leurs ancêtres étaient des scientifiques d’une certaine manière. Ils avaient leur façon de prier leur dieu », insiste le vieil homme.

C’est l’un des objectifs de l’association Vivre au village qui a vu le jour en 2006. Elle se positionne comme une association de voyage touristique pour faire découvrir les merveilles touristiques et fauniques de l’Est, du Burkina et de certains pays voisins. « On allait partout, mais le tourisme récepteur est pratiquement éteint à cause de la crise sécuritaire », rappelle le guide national.
Alors le circuit de la vieille ville est une forme de résilience. « Si nous ne pouvons pas développer des circuits de tourisme ailleurs, à l’intérieur de Fada, il faut continuer à valoriser notre patrimoine. Ce combat ne doit pas s’arrêter. C’est un combat sur notre authenticité, sur notre identité. Si nous ne gagnons pas ce combat, nous n’allons pas former l’Africain sur ses propres bases. Et puis la guerre va finir, et nous aurons toujours ce combat de réappropriation de notre culture », clame celui qui est aussi le vice-président du Conseil régional de l’Est.
À Fada, le circuit de la vieille ville remet en lumière des lieux, des croyances et des savoir-faire parfois oubliés. En attendant le retour des touristes étrangers, VIVAVI compte sur les Burkinabè pour faire vivre ce patrimoine.
Tiga Cheick Sawadogo
