La tenue d’apparat de la 25e promotion des militaires formés à l’Académie Georges Namoano a été faite avec le tissu traditionnel Faso Danfani dénommé Cencengu. En 2023, les magistrats burkinabè, de même que le corps universitaire, ont eu pour toges des tenues faites en Faso Danfani. Depuis 2022, les Conseils des ministres sous la présidence du capitaine Ibrahim Traoré sont aux couleurs du Faso Danfani et du Koko Dunda. Ces tissus traditionnels restent ainsi, désormais, une identité vestimentaire pour le pays des hommes intègres, mais mieux encore, une niche pour l’économie culturelle du pays.
Au grand marché de Ouagadougou, une allée est uniquement dédiée à la vente des tissus locaux burkinabè : le Faso Danfani et le Koko Dunda. De tous types et de toutes les couleurs, l’offre est disponible en quantité et en qualité. « Nous en avons de tous types. La vraie qualité et la moindre qualité », indique Drissa Sankara. Le commerçant confie vendre ces tissus depuis près de 10 ans. « Les gens ont commencé à les acheter beaucoup en 2016. On peut dire que c’est l’ancien président du Faso, Roch Kaboré, qui a aussi apporté une plus-value à ce pagne. Il en portait beaucoup », rappelle M. Sankara. Si le marché devient de plus en plus morose du fait de la diversité de l’offre, Sankara confie se frotter les mains en termes de ventes.
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À l’entendre, le tissu traditionnel du Burkina Faso est un levier pour l’économie du pays. Visiblement passionné, il se plonge dans l’histoire industrielle des années 1980. « Nous avons connu le Faso Danfani. Le Faso Danfani aurait pu bénéficier d’une vision politique pour continuer dans la même dynamique. Dommage que cela ait eu une fin triste », dit-il. Par jour, le commerçant dit vendre pour environ 50 000 F CFA, voire plus. Il témoigne en expédier au moins une fois hors du pays : en Europe, aux USA ou en Asie. « Les Burkinabè qui sont dans ces pays font beaucoup de commandes. Ils les vendent lors des festivals ou autres », dit-il.
Le tissage du Faso Danfani, une chaîne de valeur inexploitée
Hermann Yaméogo, promoteur de la marque de vêtements OHM, invitait des journalistes, lors d’une rencontre, à explorer la chaîne de la filière du tissage du Faso Danfani. Il estimait, en effet, que la chaîne n’a pas suffisamment de visibilité au regard de sa forte contribution à l’économie culturelle nationale. « Vous avez le fil, la teinture, les produits de teinture, le matériel, le tissage, la couture, la vente en détail, etc. », détaille-t-il. Bien exploitée et bien structurée, la filière Faso Danfani serait, s’en convainc-t-il, une industrie artisanale à part entière dans l’économie du Burkina Faso.
S’il est difficile d’avoir des chiffres concrets sur la contribution de la vente du Faso Danfani au PIB du pays, il fait toutefois partie du secteur de l’artisanat, qui contribue à hauteur de 25 %. Hermann Ouédraogo, qui habille depuis des années des personnalités du pays et bien d’autres, croit au pouvoir de l’économie culturelle grâce au tissu traditionnel Faso Danfani.
Alpha Semdé ne porte que du Faso Danfani. Fin consommateur, il est un abonné des marques comme OHM, François 1er et Danfaniment. « Je paie beaucoup chez François 1er, car chaque semaine, il propose une nouvelle collection de chemises pour hommes », dit-il. Une chemise chez cet ingénieur vestimentaire et figure emblématique du textile coûte entre 27 500 F et 50 000 F CFA. Et Alpha peut en acheter pour au moins 100 000 F chaque mois. Saint Laurent Yaméogo, fils de François 1er, le confirme. « Nous vendons beaucoup et par collection. Et chaque collection finit toujours par s’écouler », dit-il, poursuivant que le Faso Danfani est un véritable soutien à l’économie nationale.
Quid du Koko Dunda ?
Le Koko Dunda, ce tissu local longtemps délaissé, est également un patrimoine vestimentaire du Burkina Faso. Il se décline de nos jours en plusieurs usages : habits, draps, couvertures, nappes, pochettes, sacs… Béatrice Somé, vendeuse de Koko Dunda à Bobo-Dioulasso, reconnaît l’apport de cette activité à l’économie nationale. « Aujourd’hui à Bobo-Dioulasso, rares sont les femmes qui ne vendent pas le pagne », dit-elle. La jeune dame confie en expédier en Côte d’Ivoire, au Mali, au Togo et au Bénin. Le marché est inondé, certes, mais Béatrice estime que la qualité se vend même si elle est chère. « Il faut trouver les bons tissus de qualité et les bonnes couleurs de teinture », dit-elle.
Joint au téléphone, Eloi Sawadogo, ancien responsable de l’association des revendeurs de Koko Dunda, est du même avis, même s’il reconnaît que la vente est parfois morose. Mais, dit-il, il faut avoir un esprit marketing et aller vers les structures. « Beaucoup de gens utilisent aujourd’hui le Koko Dunda pour des sorties de promotion, des tenues de service et bien d’autres. Il faut donc aller vers eux et leur faire des propositions de motifs allant avec leur identité », commente l’ancien président.
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À Bobo-Dioulasso, à Ouagadougou ou partout ailleurs au Burkina, les revendeurs du tissu sont unanimes : la vente du Koko Dunda constitue une véritable force pour l’économie culturelle du pays. Des emplois y sont créés, des femmes en ont fait leur activité génératrice de revenus, etc. Si le pagne se vendait à 2 000 F l’unité, aujourd’hui, il faut débourser près de 4 000 F, voire plus, pour s’en procurer. Julie, une consommatrice, confie qu’elle préfère même payer 6 000 F ou 7 000 F le pagne, tant qu’il est de qualité.
Pour rappel, Free Afrik, impliqué dans le programme FASOVEIL, déroule des programmes en lien avec les politiques de soutien à l’économie de la culture et à la décentralisation culturelle.
MoussoNews avec Studio Yafa
