Jeux de l’AES : Ils tirent à l’arc pour préserver leur identité
Poupounin Hien a dominé le concours de tir à l'arc. Photo: Jeux de l'AES.

Jeux de l’AES : Ils tirent à l’arc pour préserver leur identité

A l’occasion de la deuxième édition des Jeux de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Burkina Faso a introduit le tir à l’arc traditionnel parmi les disciplines en compétition. Les archers du Burkina Faso, du Mali et du Niger voient dans cette pratique un moyen pour développer le tir à l’arc dans la région.

Le terrain annexe du Stade du 4-Août de Ouagadougou est transformé en véritable arène d’archers. Sous le soleil, sur le gazon, des groupes d’archers de tous âges s’alignent face aux cibles tandis que d’autres attendent patiemment leur tour, l’arc à la main. Devant eux, des cibles aux couleurs variées indiquent les points attribués à chaque tir. Ils participent tous au concours de tir à l’arc des Jeux de l’Alliance des États du Sahel (AES), une compétition mise en place par les trois pays membres de cet espace. Ce sont le Burkina Faso, le Mali et le Niger.

La concentration se voit sur les visages des différentes athlètes qui passent à tour de rôle. Au-delà de la recherche de la performance, l’épreuve met en lumière une pratique enracinée dans les traditions sahéliennes.

Une discipline héritée des traditions

A l’occasion de la deuxième édition de ces Jeux de l’AES qui se tient à Ouagadougou, le Burkina Faso a décidé d’introduire le tir à l’arc traditionnel. Une discipline locale, mais aussi pratiquée dans plusieurs cultures de l’Afrique de l’Ouest. Contrairement au tir à l’arc moderne, cette version traditionnelle fait appel à des arcs plus simples, souvent inspirés des savoir-faire ancestraux. Dans le passé, le tir à l’arc traditionnel rappelle une pratique liée à la chasse, à la protection des communautés et aux cérémonies coutumières.

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Aujourd’hui, parmi les compétiteurs, Hien Papounin prend place et se distingue rapidement par son adresse. Originaire de l’Ouest du Burkina Faso, il est issu d’un peuple où la discipline est une véritable tradition. Son assurance et sa précision attirent les regards au fil des séries de tirs.

Le tir à l’arc traditionnel est une discipline qui s’implante progressivement en Afrique de l’Ouest. Photo: Jeux de l’AES.

A l’issue de la journée de compétition, il est désigné vainqueur dans la catégorie individuelle mais aussi par équipe et en mixte. « Ce qui fait la différence, c’est l’entraînement. Quand tu t’entraînes, ça ne ment. J’ai déjà remporté plusieurs trophées comme à la semaine nationale de culture », rappelle le lauréat de cette compétition.

Depuis tout jeune, il pratiquait le concours de tir à l’arc avec ses amis. Ainsi, pour lui, participer aux concours de tir à l’arc, c’est aussi contribuer à la valorisation de sa culture. « Le tir à l’arc, c’est notre identité. Ça fait partie du patrimoine culturelle. C’est pourquoi je pratique pour ne pas perdre la main », explique-t-il.

Le Burkina Faso en avance

En effet, le Burkina Faso a l’avantage de pratiquer le tir à l’arc traditionnel à travers plusieurs compétitions organisées par des acteurs privés, mais aussi à l’occasion de la Semaine nationale de la culture (SNC), un festival biennal organisé à Bobo-Dioulasso, où le tir à l’arc constitue l’une des attractions les plus appréciées. Ces rendez-vous permettent aux pratiquants de maintenir la tradition vivante tout en offrant un cadre de compétition.

Chez les autres participants, bien que le tir à l’arc soit présent dans les traditions et les cultures, il n’est pas encore érigé en discipline sportive. Pour beaucoup d’athlètes maliens et nigériens, cette épreuve représente donc une découverte mais aussi qu’un défi.

Abdoulaye Diombana, directeur technique de la Fédération de tir à l’arc du Mali, participe pour la première fois à une compétition de tir à l’arc traditionnel. « Le Burkina Faso a voulu intégrer le tir à l’arc traditionnel pour qu’on puisse s’adapter et l’améliorer dans l’avenir », estime-t-il pour une première participation.

A ses yeux, le Burkina Faso possède une longueur d’avance dans cette discipline grâce à son expérience et à l’organisation régulière de compétitions. Malgré cela, il se réjouit de la deuxième place obtenue par une athlète malienne lors du concours. C’est la preuve, selon lui, que le potentiel existe également au Mali.

Une découverte pour les archers maliens

Ramatoulaye Traoré, archère malienne, a réussi à remporter trois médailles, dont une en épreuve individuelle. Une performance remarquable puisqu’il s’agissait de sa première expérience avec un arc traditionnel. « C’est la toute première fois que j’utilise l’arc traditionnel. On s’est bien débrouillé et on espère s’améliorer l’année prochaine », avoue Ramatoulaye qui compte désormais se mettre à la pratique du tir à l’arc traditionnel.

Habituellement, la jeune athlète pratique le tir à l’arc olympique. Elle estime que cette discipline correspond davantage à ses habitudes d’entraînement. « On a commencé avec le tir à l’arc moderne, il y a le viseur, le stabilisateur. On est plus habitué », explique la jeune fille qui rêve de participer aux Jeux olympiques.

Son ambition illustre les aspirations de nombreux jeunes archers sahéliens. Pourtant, malgré cet engouement, le tir à l’arc olympique demeure encore insuffisamment implanté dans les pays de l’AES.

Ramatoulaye Traoré (blanc) s’est illustrée parmi les archers burkinabè plus expérimentés. Photo: Jeux de l’AES.

Le manque de matériel freine le développement

Au Mali, la discipline est organisée au sein d’une fédération. Mais elle reste confrontée à plusieurs difficultés, notamment le manque de matériel adapté et les moyens limités pour former les athlètes. « Le Mali s’est très bien amélioré. La première chose qui manque, c’est le matériel. Lors des premières Jeux, on a utilisé du matériel qui n’était pas de taille. Il y a six mois de cela, le Mali a reçu de la fédération africaine de tirs à l’arc olympique. Cela nous a permis de nous améliorer », raconte Abdoulaye. Selon lui, les progrès enregistrés ces derniers mois montrent que des investissements peuvent rapidement produire des résultats sur le terrain.

Le Niger, de son côté, se distingue des trois pays. Lors de la précédente confrontation entre les membres de l’AES, il s’était particulièrement illustré dans cette discipline en remportant la première place. « Par rapport aux pays de l’AES, on était les premiers dans toutes les catégories », rappelle Mahamad.

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Malgré ces performances, la discipline rencontre de nombreuses difficultés. Elle demeure peu connue, parfois négligée, et les fédérations font face à d’importantes contraintes financières et matérielles. « Les arcs coûtent une fortune. Pour les avoir, c’est souvent compliqué. Par exemple, jusque-là, on n’a pas réussi à tirer avec des arcs olympiques. On utilise que des arcs standards », regrette Mahamad.

Pour lui, l’avenir du tir à l’arc dans le Sahel repose sur la formation des plus jeunes. Puisque cette pratique existe déjà dans les cultures des différents pays, il estime qu’elle pourrait trouver sa place dans le milieu scolaire. « Pour faire développer le tir à l’arc, nous devons commencer par l’instaurer dans les écoles. C’est ainsi qu’on verra le tir à l’arc se développer facilement », propose-t-il.

Pour ces acteurs, développer la discipline aujourd’hui, c’est préparer l’avenir du Sahel sur les scènes continentale et internationale. A travers la transmission des traditions, le renforcement des fédérations et l’accès à un meilleur matériel, ils espèrent voir émerger un jour les premiers représentants sahéliens aux Jeux olympiques, et pourquoi pas, de futurs champions olympiques de tir à l’arc.

Boukari Ouédraogo