Au Centre national de lutte contre la cécité à Ouagadougou, l’espoir de revoir
Personnel de santé soignant une personne victime de cataracte. Photo d'illustration magnific.com

Au Centre national de lutte contre la cécité à Ouagadougou, l’espoir de revoir

Au Burkina Faso, la cataracte reste une importante cause de perte de la vue. Au Centre national de lutte contre la cécité, des patients viennent chaque jour avec l’espoir de préserver ou de retrouver la vue.

Allaoui Kouméyallo fait partie de ces patients qui attendent de pouvoir revoir. Depuis plusieurs années, elle souffre de cataracte et fréquente régulièrement le Centre national de lutte contre la cécité au quartier Paspanga de Ouagadougou.

Aujourd’hui, elle venue pour une nouvelle séance de consultation dans l’espoir de retrouver la vue. « Je viens ici depuis 2022. En décembre 2023, j’ai carrément perdu la vue. Je ne vois plus. Quand je viens, on voit la cataracte, mais ce n’est pas encore arrivé pour qu’on enlève », explique-t-elle.

Cette perte de la vue a complètement bouleversé ses journées. Restauratrice de métier, elle ne peut plus exercer son activité comme auparavant. Elle dépend désormais de l’aide de son entourage pour accomplir certains gestes de tous les jours. « Ah, vraiment, ça m’a beaucoup paralysée. Parce que j’étais restauratrice, je ne peux plus faire ça. Pour gagner à manger, c’est difficile. Pour préparer moi-même à manger, si ce n’est pas un enfant qui m’aide, je n’y arrive pas », ajoute-t-elle avec une pointe de déception.  Originaire du Togo, elle dit avoir quitté son pays avec l’espoir de trouver une solution à son problème de vue. Son plus grand rêve est de retrouver la vue et retourner dans son pays.

Quand perdre la vue empêche aussi de travailler

La cataracte est une maladie de l’œil qui entraîne une baisse progressive de la vision. Sans prise en charge totale, la personne peut perdre une grande partie de sa capacité de voir. Comme chaque jour ouvrable, le Centre national de lutte contre la cécité accueille de nombreux patients. Des hommes, des femmes, des personnes âgées mais aussi des plus jeunes attendent leur tour. Certains sont accompagnés par un proche.

Canne en main, lunettes de soleil sur le visage et guidé par son fils, Alexis Sawadogo vit dans l’obscurité totale depuis plus d’un an. Lui aussi est programmé pour une opération. Agriculteur, la perte de la vue l’a éloigné de ses champs et l’a rendu dépendant des autres. Il n’est plus à mesure de mener ses activités quotidiennes.

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« Quand je voyais, je travaillais. C’est parce que j’avais des yeux que je cultivais. Actuellement, je ne peux plus rien faire. Je peux souhaiter quoi d’autre ? Recouvrer la vue et pouvoir remplir à nouveau mon grenier. Actuellement, me déplacer est un souci. Même aller me soulager n’est pas facile », raconte-t-il.

Pour cet agriculteur, retrouver la vue signifie donc bien plus que pouvoir distinguer les personnes et les objets. C’est aussi l’espoir de reprendre son travail et de retrouver une certaine autonomie.

A côté des malades encore dans l’attente, certains patients repartent avec de bonnes nouvelles. C’est le cas de la mère d’Adjilatou Ouédraogo. Après une opération de la cataracte, sa vue s’est améliorée. « Elle voulait pouvoir voir ses petits-enfants, donc elle se plaignait tout le temps pour qu’on l’aide à soigner ses yeux. Elle avait la cataracte et, le mois passé, on est venu l’opérer ici. Elle ne voyait plus rien, mais avec l’opération, elle dit qu’il y a de l’amélioration », réjouit Adjilatou Ouédraogo.

La jeune fille confirme d’ailleurs la bonne santé de sa maman. Elle est là avec sa maman juste pour un contrôle. Pour la famille, cette amélioration est un soulagement. Elle permet à la patiente de retrouver progressivement une partie de son autonomie, mais aussi le plaisir de voir son entourage.

Consulter avant que la situation ne s’aggrave

Au Centre national de lutte contre la cécité, la prise en charge commence par le dépistage. Le Pathé Sankara, médecin ophtalmologiste et chef de service, insiste sur l’importance de consulter tôt. Il rappelle qu’il ne faut pas attendre d’avoir mal aux yeux ou de perdre fortement la vue avant de se rendre dans un centre de santé. Par exemple, dans ce centre de lutte contre la cécité, les consultations sont ouvertes à tous à 2000 francs CFA. L’objectif est de faciliter le dépistage.

« Quand la personne arrive, la première des choses, on fait l’acuité. Une fois qu’on a cette acuité, on regarde dans la lampe à fente et on dépiste les premiers problèmes. Si on ne voit pas d’emblée de quoi il s’agit, il y a des examens qu’on fait jusqu’à ce qu’on trouve le diagnostic », explique le médecin.

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Le dépistage permet ainsi d’identifier rapidement certaines maladies des yeux et de proposer une prise en charge adaptée avant que la situation ne devienne plus grave.

Créé en 1965, le Centre national de lutte contre la cécité assure des consultations, des examens et des opérations. Il dispose également d’une unité mobile d’ophtalmologie. Cette unité permet d’organiser des campagnes de dépistage et de chirurgie oculaire dans différentes régions du Burkina Faso. L’objectif est d’aller au plus près des populations, notamment celles qui vivent loin des grands centres de santé ou qui disposent de peu de moyens.

Au Burkina Faso, la cécité touche environ 2 % de la population. La cataracte demeure l’une des principales causes, avec environ 60 % des cas. De 2023 à 2025, le Centre national de lutte contre la cécité a reçu 34 228 patients en consultation et réalisé 10 023 opérations de la cataracte. Certains malades y viennent pour la première fois, tandis que d’autres fréquentent le centre depuis plusieurs années. Mais tous partagent le même espoir : préserver leur vue ou la retrouver.

Awa Mouniratou Tankoano