Connaissez-vous l’hydromel ? Cette boisson alcoolisée, que l’on surnomme la « boisson des dieux », se fabriquait traditionnellement en à peine 24 heures. Aujourd’hui, elle se raffine. À Somgandé, à Ouagadougou, un atelier en dévoile la nouvelle recette. Du vin de miel à base de miel, d’eau et de levure. Et surtout quatre à six semaines de patience.
Une odeur sucrée et chaude flotte dans une cour à Somgandé, à Ouagadougou. Autour d’un foyer, une dizaine de jeunes suivent attentivement les gestes de la formatrice. Dans un récipient posé sur le feu, l’eau et le miel se mêlent doucement. À première vue, la recette semble simple. Mais derrière ce mélange se cache tout un processus de transformation. Celui de l’hydromel, également appelé vin de miel.
À la manœuvre, Rachel Sirima, qui transmet aux jeunes et aux femmes son savoir-faire en matière de transformation du miel.
Pour obtenir de l’hydromel, trois ingrédients sont nécessaires. De l’eau, du miel et de la levure. Mais leur assemblage obéit à des étapes précises. La formatrice commence par préparer la base du mélange. « On a mis deux litres de miel dans dix litres d’eau. Voilà, pour pouvoir faire notre vin. Et on essaie de chauffer un peu, juste pour enlever les écumes », détaille-t-elle.
Le feu est allumé. La préparation chauffe doucement, tandis que la vapeur s’échappe. Les participants observent attentivement les gestes de la formatrice, qui veille à la bonne préparation du mélange. Dix minutes plus tard, de la mousse apparaît à la surface. La formatrice s’empresse de la retirer. Ce sont les écumes, constituées notamment de mousse et de matières qui remontent pendant le chauffage.
« Vous voyez la saleté qui monte déjà. On va ramasser les écumes là-haut pour que ça refroidisse », indique-t-elle. Une fois cette opération terminée, le récipient est retiré du feu. Il faut maintenant laisser refroidir le mélange avant de passer à l’étape suivante.
La levure, le début d’un long processus
Pendant que la préparation refroidit, une question se pose. A quelle occasion consomme-t-on l’hydromel ? Pour Rachel Sirima, cette boisson est notamment considérée comme un apéritif. Elle évoque également un usage laxatif traditionnel, qu’elle associe à sa teneur en miel.
Trente minutes plus tard, le mélange a suffisamment refroidi pour recevoir la levure. La formatrice en précise la quantité : « On va mettre dix grammes de levure. » L’ajout de cet ingrédient marque une étape essentielle. La levure permet la fermentation des sucres présents dans le mélange et la production d’alcool. Il faut désormais placer la préparation dans un récipient adapté pour laisser ce processus se dérouler.
Rachel Sirima recommande un récipient en inox. À défaut, un contenant en plastique destiné au contact alimentaire peut être utilisé. Elle évoque également les barboteurs, des dispositifs qui permettent d’évacuer le gaz produit pendant la fermentation tout en limitant l’entrée d’air.
« Mais comme on n’a pas de barboteuse, on va mettre seulement dans un récipient en plastique fermé. Et de temps en temps, on ouvre pour voir l’évolution. Donc la fermentation va prendre au moins 4 à 6 semaines. Pour pouvoir avoir au moins un bon vin », précise-t-elle.
Le délai contraste avec celui de l’hydromel traditionnel, qui, selon la formatrice, peut être consommé après environ 24 heures. Les deux procédés se distinguent notamment par leur durée de fermentation et leurs méthodes de préparation.
Valoriser le miel autrement
Au-delà de la recette, l’atelier vise à diversifier les usages du miel et à encourager sa transformation locale. L’objectif est de faire découvrir de nouvelles possibilités de valorisation de ce produit. La formatrice rappelle que l’hydromel est une boisson alcoolisée dont l’histoire remonte à plusieurs siècles. Elle évoque notamment la tradition qui en fait la « boisson des dieux ».
Dans la cour de Somgandé, le mélange d’eau, de miel et de levure est désormais mis de côté. La fermentation doit se poursuivre pendant plusieurs semaines avant que la boisson ne soit prête. Pour les participants, l’atelier aura permis de découvrir les principales étapes de fabrication d’un produit qui offre une autre manière de valoriser le miel local. Il ne reste plus qu’à laisser le temps faire son œuvre.
Danielle Coulibaly
