Autisme au Burkina Faso : le combat des parents contre les préjugés
Photo d'illustration d'enfant autistes prenant des cours de photo, Ph : Studio Yafa

Autisme au Burkina Faso : le combat des parents contre les préjugés

À Ouagadougou, des parents d’enfants autistes doivent faire face aux remarques blessantes et au rejet de leur entourage, en plus des difficultés à trouver un accompagnement adapté.

Ari a 20 ans. Grand, le regard doux, il vit dans le quartier Zone 1, à Ouagadougou. Sa mère revient avec émotion sur les premières alertes. À trois ans, elle l’inscrit à la maternelle. Deux mois plus tard, la responsable l’appelle. Son enfant est très agité, il faut consulter.

Commence alors une longue recherche de réponses. « Comme le problème persistait, en tant que mère, tu as recours à tout pour trouver des solutions », confie-t-elle. Une rencontre avec une médecin, elle-même mère de jumeaux autistes, ouvre finalement une piste. « Tous les signes que Ari présente, je crois qu’il est autiste », lui dit cette dernière.

 « Je passais mon temps à pleurer ».

Une autre mère raconte les paroles blessantes et la méfiance auxquelles elle a dû faire face. Elle se souvient qu’une voisine menaçait d’appeler la gendarmerie, assimilant son enfant à un délinquant.  D’autres remarques étaient tout aussi douloureuses. « D’autres disaient, elle a mis un enfant qui est bête au monde. Et quand j’entendais ces paroles, je passais mon temps à pleurer. Il y a des gens même qui ont arrêté de venir chez moi parce que je parlais de l’enfant », témoigne-t-elle.

Alice, un nom d’emprunt, est aussi mère d’un garçon de sept ans. Elle se rappelle les inquiétudes autour de son développement et les démarches engagées pour l’aider. « On nous a orientés chez un neurologue. On a commencé à faire des séances de rééducation. Il a fait pratiquement 14 mois avant de s’asseoir », raconte-t-elle.

Aujourd’hui, elle se félicite de ses progrès. Ces acquisitions encouragent à poursuivre, malgré les difficultés.

Au centre Muyo, chaque enfant avance à son rythme

À Gounghin, un autre quartier de la capitale, dans une salle de classe du centre Moundjo, Barak participe à une séance d’apprentissage. Le garçon, âgé d’environ sept ans, est accompagné par Diane Tiemtarboum, accompagnante de vie scolaire.

Elle mesure le chemin parcouru : « L’enfant n’avait pas ces acquis. Il ne connaissait pas les images. Il ne pouvait pas nommer aussi. On a fait son programme et on a essayé de l’apprendre. »

Créé en 2020, Moundjo accueille une quarantaine d’enfants autistes et d’enfants porteurs de trisomie 21. Dans cet établissement, parmi les rares centres spécialisés du pays, l’accompagnement commence par un bilan des compétences.

« En fonction des compétences qui seront révélées dans le bilan, chaque enfant aura son programme », explique la directrice. Les priorités diffèrent : autonomie, langage ou activités scolaires.

Le travail réalisé à la maison compte aussi, précise-t-elle : « Il y aura des enfants, par exemple, chez qui il ne serait pas nécessaire de travailler l’autonomie. Parce que les parents ont déjà fait un travail formidable à la maison. Pour ces enfants, par exemple, on peut passer directement au langage si le langage n’est pas fonctionnel. »

Repérer les signes et consulter

La docteure Julie Kyelem, neuropédiatre au CHU Yalgado-Ouédraogo, décrit l’autisme comme un trouble du neurodéveloppement. Il n’est pas contagieux. L’absence de réaction à son prénom, la perte de mots auparavant acquis, des difficultés à interagir ou une sensibilité particulière au bruit peuvent alerter. Selon la spécialiste, ces manifestations deviennent souvent plus visibles vers 18 mois ou deux ans.

Elles ne suffisent toutefois pas à poser un diagnostic. « Le premier point, c’est vraiment d’aller vers un personnel de santé », insiste-t-elle. Une évaluation permettra de comprendre les difficultés de l’enfant et d’envisager d’autres explications possibles. L’accompagnement mobilise plusieurs professionnels, selon les besoins. Il concerne également l’école, souligne Julie Kyelem : « Il faut que l’école soit adaptée à cet enfant. Il faut que le corps enseignant comprenne les besoins de cet enfant. »

Studio Yafa