À Ouagadougou, des personnes âgées s’initient à la fabrication du savon, de l’eau de javel, ou à la transformation des fruits et légumes. Réunies au Salon panafricain des personnes âgées, ces seniors savourent le plaisir d’apprendre et de se retrouver. Pour certains, c’est à la retraite que de nouvelles passions voient le jour.
Depuis neuf ans, Adrienne Ramdé est à la retraite. Ce jour d’octobre, cette ancienne conseillère d’agriculture retrouve le plaisir d’apprendre. Dans une salle à Ouaga 2000, calepin en main et cache-nez bien ajusté, elle écoute attentivement et prend des notes.
Elle suit une formation en saponification avec une vingtaine d’autres personnes âgées. Autour d’elle, les visages sont marqués par le temps. Certains participants ont la démarche hésitante.

A la fin de la session, l’ambiance est bonne enfant. Adrienne Ramdé affiche un grand sourire. « J’avoue que nous sommes très ravies. Ça a été une opportunité pour nous de nous retrouver, de nous ressourcer et d’apprendre au contact des plus jeunes. C’était un atelier pratico pratique et je pense que ça donne encore le goût de continuer à nous battre », dit-elle.
Au-delà des connaissances acquises, Adrienne retient le plaisir d’être sortie et d’avoir rencontré d’autres personnes. Elle dit se sentir « utile » et en confiance. « Nous avons les ressources nécessaires pour continuer à apprendre, on n’a jamais fini d’apprendre et c’est cela qui nous réjouit beaucoup », poursuit-elle.
Cette formation est organisée dans le cadre de la 3ᵉ édition du salon panafricain des personnes âgées qui a eu lieu du 7 au 10 octobre 2026. Le salon propose plusieurs ateliers. Saponification, pisciculture, fabrication d’eau de Javel, transformation des fruits et légumes ou encore peinture. Des activités de transmission portent aussi sur les cuisines ancestrales et les soins aux bébés.
Apprendre au contact des plus jeunes
Djemilatou Ouédraogo, la formatrice, reconnait ne pas avoir l’habitude de former des personnes du 3ᵉ âge. Devant elles, elle a dû s’adapter. Se montrer disponible, parler doucement, sans brusquer. Mais selon elle, l’expérience a été concluante. « Ça fait plaisir de voir qu’ils ont toujours l’amour d’apprendre. Ils se disent qu’il n’est jamais tard pour apprendre un métier », observe la formatrice.

Zalissa Ouédraogo, ingénieure en industrie agroalimentaire, a animé une session sur la transformation des fruits et légumes. Elle a allié théorie et pratique. « Il faut être patient avec les seniors ». C’est en ces termes qu’elle résume sa session, visiblement satisfaite de la participation active.
De nouvelles passions à partager
François Zoubila Ouanré, lui, vient de sortir de l’atelier de transformation des fruits et légumes. « C’est passionnant », lâche l’économiste gestionnaire à la retraite. Pour lui qui dit consacrer ses journées à l’agriculture et à l’élevage, cette formation ajoute une corde à l’arc. « Comme on n’est plus très mobile pour sortir se promener, c’est quand même une petite passion qu’on peut développer, le temps que les petits enfants aillent à l’école et reviennent trouver du bon jus qui a été préparé par papy ou mamy. C’est plus sain que d’aller acheter du jus dans le commerce », commente le stagiaire. Comme Adrienne, il estime qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre. « C’est justement conseillé et recommandé aux personnes âgées d’apprendre de nouvelles choses » nous apprend François Zoubila Ouanré.

Adama Maurice Ouédraogo partage cet enthousiasme. Chef coutumier dans le Ganzourgou) Ganzourgou, il est venu prendre part au salon. Alors qu’il quitte l’atelier de transformation des fruits et légumes, il a un seul regret : le temps imparti a été court et est vite passé. « Tant qu’on est vivant, qu’on peut s’exprimer, l’homme ne finit jamais d’apprendre. Tant qu’il y a la vie, il faut toujours évoluer avec le temps parce que c’est l’homme qui suit le temps, le temps ne suit pas l’homme », dit-il, avant d’envoyer une pique aux jeunes qui « ont tendance à dire que les vieux sont non partants, déclassés, bons à rien. Alors que le présent vit du passé. On vit de ceux qui nous ont précédés ».
Apprendre encore, transmettre aussi
Elle-même enseignante à la retraite, Georgette Zetiyenga, s’est reconvertie en formatrice. Ce soir-là, elle vient de terminer une session sur la fabrication de l’eau de javel. Un rendez-vous du donner et du recevoir, comme elle le dit, qui lui permet aussi de rester en forme. « J’ai essayé de continuer l’apprentissage et la pratique. Je suis en plein dedans. Je suis toujours solide et j’ai l’esprit tourné vers la découverte, ça me maintient jeune », se satisfait la formatrice.
Pendant ce temps, les yeux de Yacine Zetiyenga, promotrice du salon panafricain des personnes âgées, brillent. En faisant le tour des ateliers, bien d’autres activités, elle mesure l’ampleur de son initiative. « Les bénédictions ne font que tomber, que pleuvoir sur moi. Et ça, c’est ma plus grosse fierté, c’est ma plus grosse satisfaction. Mais en plus de ça, le fait de voir des seniors qui se voient, qui se regardent, mais ça fait plus de 30, 40 ans qu’on ne s’était pas vus … », s’émerveille-t-elle.

Pour elle, c’est justement le bien-fondé du salon. Faire comprendre aux seniors « que même quand ils vont en retraite, ce n’est pas la fin, c’est plutôt le début d’une nouvelle vie. Donc, le salon a été créé justement pour les valoriser et leur offrir des opportunités pour se reconvertir et apprendre encore d’autres métiers ».
Adrienne Ramdé compte rapidement mettre en pratique la fabrication du détergent en poudre et du savon liquide. Après neuf années de retraite, elle repart avec de nouvelles connaissances et l’envie de s’en servir. « On n’a jamais fini d’apprendre », rappelle-t-elle.
Tiga Cheick Sawadogo
Yvette Nadège Mossé
