À Guiba, dans la région du Nazinon, plus de 4 000 plants composent le bosquet de plantes médicinales lancé le 14 juin 2025 par le président du Faso. À Banguessom, où il est implanté, les habitants espèrent retrouver des espèces devenues rares. Une centaine de femmes participent à son entretien, malgré les difficultés d’approvisionnement en eau.
Derrière les grillages, cinq hectares de verdure s’étendent dans le village de Banguessom. En cette saison pluvieuse, les arbustes du bosquet provincial du Zoundwéogo présentent une belle allure. Les pieds sont débarrassés des mauvaises herbes. Un panonceau permet d’identifier l’un des plants, haut d’environ un mètre : un tamarinier.
C’est celui mis en terre par le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso, lors du lancement du bosquet, le 14 juin 2025. Le lieutenant Thomas Coulibaly, chef du service départemental des eaux et forêts de Guiba, s’arrête devant l’arbuste. Il en présente le nom scientifique, Tamarindus indica, puis décrit les usages qu’il rapporte dans la médecine traditionnelle : « Les feuilles de cette plante sont utilisées lorsque les gens sont attaqués par la varicelle. Les écorces aussi sont utilisées contre la toux. »

Le tamarinier fait partie de la vingtaine d’espèces plantées dans cet espace aménagé à l’occasion de l’édition 2025 de la Journée nationale de l’arbre. L’ambition est de préserver des ressources végétales utilisées dans la médecine traditionnelle et de faciliter, à terme, leur accès aux populations.
Retrouver des plantes devenues rares
Le bosquet répond à une préoccupation exprimée localement. Certaines plantes médicinales sont devenues difficiles à trouver. Pour les tradipraticiens, leur recherche suppose parfois de parcourir des distances importantes. À Banguessom, les nouvelles plantations suscitent donc des attentes.
Marou Ouédraogo, notable auprès du chef de Banguessom, se souvient des difficultés rencontrées avant l’aménagement du site. « Avant, on avait des difficultés parce qu’on n’avait pas certaines plantes médicinales ici », dit-il. Pour lui, la disparition de certaines espèces est notamment liée à la sécheresse. « Avec cet aménagement, on pourra bien entretenir les arbres », espère-t-il.
Au total, le site compte plus de 4 000 plants, selon les responsables. L’exploitation et les prélèvements n’ont pas encore commencé. Pour l’heure, la priorité reste de faire grandir les arbres et de préserver les espèces mises en terre. Les habitants espèrent que cet espace permettra progressivement de rapprocher les ressources médicinales de ceux qui les utilisent.
Des femmes mobilisées, une eau qui manque
L’entretien repose sur les agents des eaux et forêts et une coopérative de 102 femmes. Arrosage, désherbage, surveillance des plants : leur mobilisation contribue à maintenir le bosquet en bon état. Mais derrière la verdure, l’approvisionnement en eau reste une difficulté quotidienne.
Un forage est installé sur le site. Sa présence ne garantit pourtant pas que l’eau soit disponible au moment où les femmes viennent travailler. Alizèta Ouédraogo, présidente de la coopérative, décrit de longues heures d’attente.

« Nous pouvons arriver ici à 7 heures, mais jusqu’à 13 heures, il n’y a pas d’eau. C’est le soir que ça vient. Pourtant, à ce moment, on ne peut plus arroser », déplore-t-elle.
Les femmes se répartissent le travail en groupes. Selon leur présidente, elles assurent l’arrosage trois fois par semaine, avec les moyens disponibles. « Nous utilisons des seaux pour l’arrosage, deux seaux d’eau par arbre », précise-t-elle.
Pour faciliter cette tâche, elles souhaitent disposer de davantage de matériel et bénéficier d’un soutien financier. Elles demandent aussi l’installation d’un deuxième forage. L’enjeu est particulièrement important en saison sèche, lorsque les pluies ne viennent plus compléter leurs efforts.
Un entretien à inscrire dans la durée
La commune de Guiba entend accompagner la préservation du bosquet. Son président de délégation spéciale, Toussouré Gouba, annonce vouloir prévoir une enveloppe dans le budget de 2027 pour son entretien et son suivi.
Il envisage également de poursuivre les plantations afin d’enrichir la diversité des espèces présentes. La recherche de plantes devenues rares doit permettre de renforcer la vocation médicinale du site.
En attendant, les services des eaux et forêts préparent aussi la saison sèche. Des pare-feux sont aménagés autour de la clôture pour limiter le risque de propagation des feux de brousse.
Au-delà des plantations, les acteurs locaux souhaitent faire du bosquet un lieu de préservation végétale, de valorisation de la médecine traditionnelle et de visite. Cette ambition dépend désormais de soins réguliers et de moyens durables.
Martin Kaba
