A Ouahigouya, la pomme de terre rapporte gros mais se heurte au manque de chambres froides
De jeunes travaillant dans un périmètre de pomme de terre. Photo: Studio Yafa, février 2026.

A Ouahigouya, la pomme de terre rapporte gros mais se heurte au manque de chambres froides

La pomme de terre est un tubercule cultivé à Ouahigouya par de nombreux producteurs maraîchers. Les producteurs la cultivent pour le commerce et pour la consommation. Cependant, ils sont confrontés à un problème de stockage qui les amène à vendre leur production à vil prix.

C’est la saison des pommes de terre à Ouahigouya. Dans cette localité située à près de 200 km de Ouagadougou, ce tubercule est l’une des principales cultures de contre-saison. Il est un peu plus de 11 heures lorsque Mahamadi Traoré est dans son périmètre. Des arrosoirs en main, il fait des va-et-vient entre un puits sur le site et les différentes planches de pommes de terre. Il trouve un moment pour interrompre son travail afin de nous parler de son activité. La quarantaine, cela fait plus de 10 ans qu’il s’est lancé dans la culture de la pomme de terre.

La pomme de terre est une spéculation porteuse dans la ville de Ouahigouya. Photo: Studio Yafa, février 2026.

Déjà habitué aux choux, carottes et salades, il a tenté l’expérience en s’inspirant de celle de ses voisins. « Nous avons remarqué que la culture de la pomme de terre est très rentable. C’est pour cela que nous avons décidé de commencer la production. Quand tu t’investis assez bien, en deux mois, si tu fais la part des dépenses, tu peux avoir de bons bénéfices », raconte-t-il. Mahamadi s’est convaincu de poursuivre, notamment grâce à la réussite de sa production dès la première année. Il cultive sur un périmètre d’un demi-hectare.

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Même s’il juge cet espace assez petit, il reconnaît que la production est bonne et lui permet, à lui et à sa famille, de s’en sortir. Depuis qu’il s’est lancé, il ne regrette pas. « En 10 ans, le premier bénéfice, c’est qu’on arrive à bien gérer nos familles, payer les frais de scolarité J’ai pu m’acheter des motos, acheter des animaux pour l’élevage », assure-t-il, visiblement satisfait d’avoir tenté l’expérience de la pomme de terre.

Mahamadi Traoré s’applique dans les derniers désherbages de périmètre. Photo: Studio Yafa, février 2026

Le recours à la main d’œuvre

A quelques mètres de là, dans un autre champ, Abdoul Aziz Ouédraogo supervise une équipe de jeunes en pleine activité. Son périmètre est bien plus vaste. Il s’étend sur près de quatre hectares. Pour un tel espace, il ne peut pas le cultiver seul. Il a engagé des jeunes qui travaillent avec lui. « Sinon, ce sera compliqué. Je ne peux pas faire ce travail seul », explique-t-il. Ces derniers sont payés entre 150 000 et 300 000 francs CFA après la récolte et la vente. Mais Abdoul Aziz assure qu’il fait souvent mieux lorsque la vente est bonne. « Nous travaillons pendant quatre mois maximum. Après cela, on passe à la production des tomates et d’autres cultures », révèle-t-il.

C’est parfois des millions qu’Abdoul Aziz Ouédraogo brasse grâce à la pomme de terre. Lorsqu’on lui pose la question sur les bénéfices, il affiche d’abord un rire gêné. « Il y a quelques dépenses à faire et après, on peut avoir un million de bénéfice en quatre mois », explique-t-il, même si son rire gêné semble exprimer le contraire. Toutefois, il est aussi formel que Mahamadi. La culture de la pomme de terre rapporte, à condition d’y mettre de la rigueur.

En trois mois, la production de la pomme de terre peut rapporter au moins un million comme bénéfice. Photo: Studio Yafa, février 2026.

Pour cela, il a installé six puits qu’il a fait creuser afin de pouvoir produire en toute quiétude. Mais ce n’est pas toujours le cas. Le manque d’eau ne permet pas de cultiver comme il le souhaite. « Vous voyez, les jeunes dorment ici parfois dans la fraîcheur pour pouvoir arroser. Parfois, l’eau vient tard dans la nuit. Donc, ils peuvent se lever entre 2 h et 3 h du matin pour remplir les bassins », poursuit-il. Une vraie difficulté qui freine la production de la pomme de terre.

Le défi des intrants

Selon Abdoul Aziz, lorsque l’eau manque, la pomme de terre ne produit pas comme il le faut. Cette difficulté, Ali Ouédraogo la connaît bien. Il y a déjà été confronté. Après le mois de février, il est presque impossible de cultiver la pomme de terre. « Si l’eau manque, il est préférable d’arracher les planches les plus récentes semées pour permettre aux anciennes de bien donner », détaille-t-il.

Selon Ali Ouédraogo, les jeunes s’intéressent à la production de la pomme de terre. Photo: Studio Yafa, février 2026.

Dans cette ville, la production de la pomme de terre est une histoire de famille. Si dans le passé les jeunes fuyaient les périmètres irrigués, il assure qu’aujourd’hui la plupart des jeunes, même élèves, se lancent dans la production de ce tubercule. « Toute personne qui souhaite pratiquer la pomme de terre va forcément avoir quelque chose », assure-t-il. Cependant, il existe tout de même des obstacles, notamment liés à la cherté des intrants. « Avant, on achetait les intrants à 20 mille ou 25 mille francs CFA. Mais de nos jours, le prix de 25 kg tourne autour de 45 000 francs CFA », se plaint-il, sans compter l’engrais.

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Mais grâce à des associations locales et à la subvention du gouvernement, certains producteurs affiliés à des groupements bénéficient souvent de semences à 25 000 francs CFA. Toutefois, le principal problème reste l’absence de chambres de conservation. Les producteurs sont souvent obligés de vendre leurs productions à vil prix pour éviter le pourrissement. Cependant, certains, dans la ville, disposent d’espaces de stockage.

L’espoir d’une chambre froide

Comme si le cri du cœur avait été entendu, le gouvernement burkinabè a lancé la construction d’un espace de stockage, notamment pour la pomme de terre. La pose de la première pierre a eu lieu le 27 février. « Avec la construction de cette chambre froide qui sera la plus grande du pays, nous aurons une infrastructure qui contribuera résolument à booster le secteur de la pomme de terre et permettra aux producteurs qui s’y investissent d’avoir réellement des débouchés puisque la transformation industrielle va aussi y figurer », promet le ministre du Commerce, de l’industrie et de l’artisanat, Serge Gnaniodem Poda.

Certains producteurs ont mis en place des bassins pour conserver l’eau pour l’arrosage. Photo: Studio Yafa, février 2026.

Pour les associations villageoises, cette infrastructure, qui devra voir le jour huit mois après la pose de la première pierre, est un ouf de soulagement. « Ça va les aider parce que les gens produisent la pomme de terre. Nous produisons la pomme de terre. Quelques temps la pomme de terre quitte avec les prix dérisoires. Vous verrez que les producteurs vont vendre à 300 francs CFA pour que ça ne pourrisse pas. Mais en ayant cela (…) les producteurs vont pouvoir vendre et ne pas perdre », assure Hamidou Ganamé, secrétaire général de la Fédération nationale des groupements naam (FNGN).

La construction d’un centre de conservation figurait dans les projets de la Fédération . Mais faute de moyens, elle s’était contentée de cellules de séchage. Désormais, elle espère que dans huit mois, cette usine de séchage sera fonctionnelle afin de permettre déjà de stocker une partie des prochaines récoltes de pommes de terre.

Boukari Ouédraogo