A Pô, le centre pédiatrique qui change le visage des soins pour enfants
Le bâtiment de l'hôpital pédiatrique du CMA de Pô améliore la prise en charge de la santé infantile. Photo: Studio Yafa, Avril 2026.

A Pô, le centre pédiatrique qui change le visage des soins pour enfants

Dans la commune de Pô au sud de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, un nouveau centre pédiatrique améliore les conditions de prise en charge des enfants. Six mois après sa mise en service, les patients et les agents de santé constatent déjà des changements.

En cette matinée d’avril, la pédiatrie du Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) de Pô, à environ 2 h 30 de Ouagadougou, est quelque peu animée A l’entrée, quelques femmes attendent calmement avant de faire consulter leurs enfants. Certaines portent leur bébé au dos, d’autres les tiennent dans les bras. Le bâtiment tout neuf affiche une bonne propreté, que ce soit à l’intérieur comme à l’extérieur. Voilà six mois qu’il est en service. Un peu plus loin, du côté de la maternité, l’ambiance est pareille avec les allées et venues du personnel de santé, reconnaissable à la blouse blanche.

Le Dr Lucien Ouédraogo, médecin généraliste au CMA de Pô, guide la visite du niveau bâtiment. A l’intérieur, les espaces sont bien répartis. On y retrouve des salles de consultation pour les agents de santé, des chambres d’hospitalisation pour les enfants. « Ici, c’est pour les nouveaux-nés et là c’est pour les enfants, indique-t-il et de poursuivre, nous avons séparé pour éviter la dispersion des germes », explique Lucien Ouédraogo, présentant une aile du nouveau bâtiment. Les commodités sont également présentes avec des toilettes fonctionnelles et bien entretenues, une ventilation correcte, et des espaces aérés.

Il y a plus de calme à la pédiatrie que par le passé au CMA de Pô. Photo: Studio Yafa, Avril 2026.

Des changements visibles

Depuis l’ouverture du bâtiment, les changements sont visibles. Les agents de santé parlent d’un réel soulagement. Les patients eux aussi semblent plus nombreux. « Le taux de fréquentation a augmenté », explique le médecin. Pour lui, c’est la preuve que les populations ont retrouvé confiance.

Il conduit l’équipe de reportage dans une chambre d’hospitalisation, une jeune femme d’une vingtaine d’années est assise sur son lit, son bébé couché à côté d’elle. La pièce est bien calme. « La nouvelle maternité est propre. C’est beau à voir. On n’a pas de problème », murmure-t-elle en attendant que son enfant reçoive des soins avant de s’en aller. C’est sa première consultation au CMA.

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Un peu plus loin, Gounabou Kada, une femme d’une cinquantaine d’années, accompagne son petit-fils malade. Elle connaît bien les lieux. Ses cinq enfants sont nés au CMA de Pô. Mais, aujourd’hui, elle note une différence. « En tout cas, la nouvelle pédiatrie est meilleure que l’ancienne. Les médecins nous prennent vite en charge. En plus de cela, il y a des carreaux, tout est propre. Il y a des ventilateurs, de la lumière et tout. Avant, ce n’était pas comme ça. C’est beaucoup mieux maintenant, en plus ça ne sent pas. Tout est propre, on est content », explique-t-elle, amusée.

Pour cette accompagnante, le nouveau bâtiment offre plus de commodités. Photo: Studio Yafa.

Au fond d’un couloir, une salle de jeux a été aménagée pour les enfants, même si elle reste encore peu équipée. « Il faut démystifier les hôpitaux. En aménageant une salle pour les enfants, ça va leur permettre d’oublier qu’ils sont dans un centre de santé », explique Lucien Ouédraogo. Dans les salles d’hospitalisation pour les enfants plus âgés, quatre lits sont installés afin d’éviter les surcharges. Désormais, les conditions se sont nettement améliorées. « Ici, on est à l’aise. Les agents de santé dans la prestation des soins et les malades aussi dans la prise en charge », assure le médecin.

Des patients plus confiants

Zenabo Sidibé, attachée en pédiatrie, consulte deux fois par semaine. Présente depuis 2017 dans ce CMA, elle se souvient des difficultés de l’ancien dispositif. « Tous les malades entraient par la même porte. Les enfants pouvaient prendre les infections des adultes », regrette-t-elle.

Pour Zoenabou Sidibé, depuis l’inauguration du bâtiment, la prise en charge des patients s’est améliorée. Photo: Studio Yafa, avril 2026.

Dans le nouveau bâtiment, la prise en charge est mieux structurée. « Ici, on ne prend que des enfants de zéro à 14 ans. Et avec les adultes qui sont à part, ça facilite la prise en charge, ça diminue les infections. Sinon, d’autres enfants peuvent venir et prendre d’autres infections des adultes », explique Sidibé. Les patients sont également répartis selon leur état : « Les malnutris à part, les nouveau-nés à part, les grands-enfants à part. Donc, on est vraiment à l’aise ici. Ici, ça va. Il y a la climatisation, les conditions se sont améliorées ».

Le centre dispose aussi d’un service d’urgence pédiatrique et de plusieurs salles d’hospitalisation mieux équipées. Les conditions de travail se sont améliorées pour le personnel. Ils ont désormais plus d’espace, des bureaux dédiés pour chaque catégorie d’agents. La ventilation et la climatisation sont meilleures. L’affluence est désormais plus facile à gérer. « Le simple fait qu’on nous a séparés des adultes, c’est déjà ça qui est important », souligne Sidibé, visiblement plus soulagée.

L’inauguration de ce bâtiment attire plus de patients. « Le taux de consultation a augmenté parce que certains viennent même par curiosité pour voir », observe-t-elle. Avant, certains préféraient rester à la maison ou se soigner à l’indigénat. D’autres, souvent exaspérés de la lenteur, préféraient repartir. Tout a changé désormais.

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Malgré ces avancées, des difficultés persistent. Certaines mères, notamment celles ayant des enfants malnutris, manquent de moyens pour subvenir aux besoins durant leur séjour. « Généralement, les enfants des malnutris, ce sont ceux qui n’ont pas les moyens. Certaines peuvent venir sans moyens et restés pendant une semaine », explique Zoenabou Sidibé. Elles ont besoin de produits de première nécessité comme des vivres, du savon, des bols, seaux etc.

Par ailleurs, certains équipements restent insuffisants ou vétustes. Le centre manque encore de saturomètres pour mesurer la saturation du sang, de sondes pour nourrissons, de lampes chauffantes pour les bébés de faible poids, ou encore de pèse-bébés. Des besoins que le personnel espère voir comblés prochainement.

Boukari Ouédraogo