À Niangoloko et Koutora, dans la province de la Comoé du Burkina Faso, certains déplacés internes ont réussi à transformer l’épreuve de l’exil en opportunité. Grâce à l’orpaillage, puis à d’autres activités génératrices de revenus, Moussa Maïga et Arouna Badini ont reconstruit leur vie et contribuent aujourd’hui au développement de leurs communautés d’accueil.
Quand il a fui l’insécurité à Gorgadji à des centaines de km de là, il y a six ans, Moussa Maïga n’emportait avec lui ni biens ni certitudes. Agriculteur de métier, il se retrouve à Niangoloko, dans la province de la Comoé, où il doit tout recommencer. Pour survivre, il se tourne vers l’orpaillage artisanal. Ce choix, dicté au départ par la nécessité, va progressivement transformer son existence.
« J’ai acheté une machine qui tamise les cailloux et j’ai employé six personnes qui travaillent pour moi. Ce travail m’a beaucoup aidé. Aujourd’hui, je peux dépanner une personne qui a un problème de 50 000 ou même 100 000 francs CFA », raconte-t-il avec fierté. Les revenus générés lui permettent d’investir. Moussa acquiert plusieurs parcelles, construit des habitations à Niangoloko et à Banfora, achète des motos et même un hectare de terrain destiné à l’agriculture.
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« L’an passé, j’ai eu près de 15 millions. Tout ça grâce à ce travail », affirme-t-il. Aujourd’hui, l’ancien déplacé interne subvient aux besoins de plus d’une vingtaine de personnes. Sa famille élargie dépend en grande partie de lui, comme plusieurs voisins et connaissances en difficulté.
Pourtant, son parcours est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. « C’était très difficile au début. Toute ma famille est à ma charge. J’ai déménagé trois fois dans des maisons en location à cause des augmentations du prix du loyer avant de m’installer dans ma propre maison enfin », se souvient-il.
Durant plusieurs années, Moussa a parcouru les sites aurifères du pays à la recherche d’opportunités. Son voisin, Boukary, témoigne de cette détermination qui a fini par porter ses fruits. « Il tournait et il revenait. Il peut faire plus de 100 kilomètres pour aller travailler. Moussa a aidé beaucoup de personnes aussi. Il y a des déplacés qui sont venus après eux, il les a aidés. Même nous tous, il nous a aidés », raconte-t-il.
De l’orpaillage au commerce
À quelques kilomètres de là, dans la commune de Koutoura, l’histoire d’Arouna Badini présente de nombreuses similitudes. Originaire de Kongoussi, dans les Kuilsé, il est déplacé interne depuis 2018. Comme Moussa, il découvre l’orpaillage après son arrivée dans sa localité d’accueil.
Pendant cinq ans, il travaille sur les sites miniers avant de diversifier progressivement ses activités. Aujourd’hui, il partage son temps entre l’agriculture, le commerce et l’orpaillage, même si le commerce est désormais son principal domaine d’activité.
« Moi, j’ai beaucoup de projets. Je cultive, je fais du commerce, je fais aussi de l’orpaillage. Mais actuellement, je suis concentré sur le commerce », explique-t-il. Les résultats sont au rendez-vous. Arouna est devenu propriétaire de sa maison et emploie désormais plusieurs personnes.
« Ça m’a beaucoup aidé de travailler ainsi. J’ai pu construire une maison où je vis. J’ai acheté un terrain où je cultive. Aujourd’hui, il y a des gens qui travaillent pour moi. J’ai eu des millions de francs CFA. Neuf millions, dix millions, voire plus. Jusqu’à je peux aussi aider d’autres personnes », poursuit-il.
Comme Moussa, il est devenu un acteur économique local et une source d’inspiration pour d’autres déplacés internes qui cherchent à reconstruire leur avenir.
Quand la réussite exige aussi de la prudence
Si les histoires de Moussa et d’Arouna illustrent les opportunités qu’offre l’orpaillage, elles soulèvent aussi une question essentielle. Comment gérer un revenu important obtenu en peu de temps ? Pour Boukari Bancé, conseiller financier, la première étape consiste à rechercher un accompagnement professionnel. L’autre priorité est de sécuriser les fonds.
« Quand vous gagnez beaucoup d’argent, sécurisez-le. On le sécurise comment ? En le mettant dans un compte bancaire ou dans d’autres placements sûrs avant de décider, après réflexion, quoi en faire », recommande-t-il.
Le spécialiste met également en garde contre les dépenses impulsives souvent observées chez les personnes qui connaissent une amélioration soudaine de leurs revenus. « Normalement, ce qu’on constate, c’est qu’elles tombent dans l’excès. Elles veulent acheter la voiture dont elles rêvaient, organiser une grande fête ou satisfaire tout le monde. Elles ne regardent pas toujours à long terme », souligne-t-il.
Pour éviter cela, il encourage l’investissement dans des secteurs productifs tels que l’immobilier, l’agriculture, l’élevage ou le commerce. Quant aux dépenses de plaisir, elles doivent rester encadrées. « Quand vous gagnez de l’argent, vous devez faire un budget. Même si j’ai gagné 20 millions, je peux décider de prendre deux millions pour me divertir. Le reste doit être investi dans quelque chose qui va me rapporter de l’argent demain », conseille-t-il.
De l’agriculture à l’orpaillage, puis pour certains au commerce, Moussa Maïga et Arouna Badini ont réussi à reconstruire leur vie loin de leur terre d’origine.
Salamatou Dicko
