Créé en 2001 par l’association Passaté, le musée des fourneaux africains de Kaya, dans la région des Kuilsé, valorise le savoir-faire des forgerons d’Afrique et d’Amérique. Sur un hectare, une vingtaine de hauts fourneaux racontent l’histoire de l’extraction artisanale du fer et de sa transmission aux jeunes générations.
En plein cœur de Kaya, dans la région des Kuilsé, un espace ouvert d’environ un hectare fait revivre la métallurgie africaine. Aménagé en 2001 par l’association Passaté, ce musée abrite une vingtaine de hauts fourneaux d’extraction artisanale du fer provenant de plusieurs régions du Burkina Faso, mais aussi du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Niger et d’Amérique. Au-delà des vestiges, le site transmet un savoir-faire ancestral : celui des forgerons africains.
Sur ce site, les hauts fourneaux sont construits et fixés à la terre à travers des piédestaux. Guide touristique et membre de l’association Passaté, Koura Sawadogo s’avance devant le fourneau dogon du Mali.
« Ici, nous avons le fourneau dogon. C’est pour les grandes productions de fer. Là, ils allument le feu et ça atteint trois jours. Mais ils ne soufflent pas ; il y a des tuyères. On met des tuyaux d’admission d’air. Il y a une réception d’air ici et on charge le minerai ; on charge le charbon et on charge les tiges de mil parce qu’à la finition, on voit que le fer se pose sur la potasse », raconte Koura Sawadogo.
La teneur en potasse de la tige de mil facilite ainsi la création du fer au contact du feu. Construit en terre battue et consolidé par de la latérite taillée, ce fourneau atteint environ deux mètres de hauteur avec son soubassement et se distingue par son sommet rebondi.
Des techniques différentes, un même héritage
A quelques mètres, les fourneaux du Niger et du Burkina Faso illustrent une autre technique. « Là, on ne met pas des tuyaux d’admission d’air. Ce sont des soufflets. Il y a huit personnes tout autour qui soufflent. Et on charge les tiges de mil, le charbon et les cailloux. Au fur et à mesure que ça descend, on charge et on charge. Quand les carottes sont cuites, c’est par la fumée. La fumée a une couleur. Ça montre qu’il y a un dépôt de fer », poursuit le guide.
Si le processus d’extraction reste presque identique, les formes et les hauteurs des fourneaux varient selon les régions. Celui de la province du Zandoma, au Burkina Faso, dépasse les trois mètres de hauteur.
Lire aussi: Nahouri, à la découverte de la « case de Binger » à Tiakané
Le musée rassemble également des forges amérindiennes. Des forgerons américains ont parcouru près de 8 000 kilomètres pour installer leur forge sur ce site devenu un symbole de Kaya. « Eux, ils prennent le fer et le transforment pour rendre le fer plus dur. Un peu pour vous dire qu’ils le transforment en acier. Ils prennent maintenant le fer qui a été produit par nos braves paysans et le rendent plus dur. C’est leur spécialité. », assure Koura Sawadogo.
Situé en plein centre-ville de Kaya, le musée a reçu la visite du ministre en charge de la Culture en novembre 2025. A l’issue de sa découverte du site, Pingwendé Gilbert Ouédraogo a salué la préservation de cette mémoire technique et historique. « Nous sommes venus nous-mêmes pour nous enrichir, découvrir et voir comment nos ancêtres étaient déjà en avance par rapport à ce que nous appelons aujourd’hui la technologie moderne. Nous avons vu le processus de bout en bout qui a permis d’extraire le fer. Il ne saurait avoir d’industrialisation, de mécanisation, si nous n’avons cette matière première qu’est le fer », estime le ministre Ouédraogo.
Transmettre le savoir aux jeunes générations
Depuis sa création en 2001, le principal objectif du musée reste la valorisation de l’art des forgerons et la transmission de ces connaissances. Pour Koura Sawadogo, cette mémoire constitue une base sur laquelle les jeunes pourront construire l’avenir. « Ce sont des connaissances que les gens ne connaissaient pas. Mais on a trouvé l’occasion de les transmettre à la franche jeunesse. Nous avons une base. Maintenant, la jeunesse va réfléchir à partir de cette base-là. Nous avons des fourneaux qui peuvent chauffer jusqu’à 1 500 degrés », explique Koura Sawadogo.
Chaque année, l’association Passaté organise le festival Wed Bindé, qui réunit des forgerons du Burkina Faso et d’autres pays africains. L’événement permet aux artisans de transmettre le savoir du fer et de construire de nouveaux fourneaux, perpétuant ainsi une tradition plusieurs fois centenaire.
Le musée est enfin étroitement lié aux hauts fourneaux de métallurgie africaine de Tiwèga, situés à environ quatre kilomètres de Kaya, un site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2019.
Martin Kaba
