À Ouagadougou, la rééducation abdominale aide les mamans à reprendre leur ventre en main
Des femmes passent par une rééducation abdominale pour retrouver leur ventre plat. Photo: Studio Yafa.

À Ouagadougou, la rééducation abdominale aide les mamans à reprendre leur ventre en main

Après l’accouchement, le ventre ne reprend pas toujours sa place. Les thés « amincissants » n’y changent rien, et certaines femmes s’exposent même à d’autres problèmes de santé. À Ouagadougou, des séances de rééducation abdominale ciblées, dispensées par des professionnels, redonnent du tonus à la sangle abdominale.

Deux semaines. C’est le temps qu’il a fallu à Farida Traoré pour retrouver le sourire. Dans une salle de Fitwinnie Studio, à Ouagadougou, elle enchaîne les mouvements, le souffle court, le regard déterminé. Quelques mois après son accouchement, son ventre ne voulait plus se résorber. Son dos la faisait souffrir. Elle cherchait une issue.

Elle l’a trouvée sur TikTok, presque par hasard. Une vidéo de la salle, un clic, et tout a basculé. « J’étais à 106 cm de tour de taille. Deux semaines plus tard, je suis à 95 cm. Je suis très satisfaite et le combat continue. J’ai décidé de prolonger de deux semaines pour consolider les résultats. Ça redonne confiance en soi. On retrouve un peu sa silhouette d’avant les maternités », confie-t-elle.

Les remarques qui blessent

Samira, elle, a attendu six mois après son deuxième accouchement avant de pousser la porte de la salle. Son ventre ne rentrait pas dans le rang. Et certains proches ne se sont pas gênés pour le lui faire remarquer. Elle se souvient encore de sa descente d’avion, bébé de moins de deux mois dans les bras.

« J’ai accouché au Canada. À mon arrivée à l’aéroport, l’enfant n’avait même pas deux mois. Une connaissance m’a vue et s’est écriée : « Ton ventre est gros hein ! » Ça m’a marquée. Ensuite, à l’anniversaire de mon mari, j’ai regardé les photos et je ne me suis pas reconnue. C’est ce qui m’a poussée à venir ici ». Le déclic est venu de là. Résultat. 10 centimètres de tour de taille en moins en deux semaines. Et un moral remonté en flèche. Samira affiche aujourd’hui un large sourire.

Derrière ces témoignages, un mot revient : diastasis. Winnie Sehon, connue sous le nom de coachWinnie226, promotrice de Fitwinnie Studio, le répète sans détour. Un gros ventre qui persiste des mois après l’accouchement n’a rien d’une fatalité. Elle explique le mécanisme.

« Les grands droits, ce sont deux bandes musculaires placées à l’avant du ventre. Sous la pression de la grossesse ou du poids, elles s’écartent et laissent un espace. Cet espace fait gonfler le ventre. Il peut provoquer des maux de dos, des douleurs au niveau du nombril, et même une hernie. Dans les cas les plus graves, on finit sur la table d’opération. » Et elle balaie une idée reçue : « Dire que son ventre est gros parce qu’on a eu cinq ou dix enfants, non, ce n’est pas normal du tout. Il faut une rééducation pour entretenir la sangle abdominale ».

Attention aux fausses solutions

Beaucoup de femmes, gênées par leur silhouette, courent vers les « thés amincissants » ou les décoctions vendues sur les marchés. Coach Winnie met en garde.

Elle met en garde contre les fausses pistes. « C’est un sujet très méconnu. Les gens se tournent vers des thés dits amincissants. En réalité, ça n’existe pas : ce sont des coupe-faim. D’autres choisissent des massages si violents qu’ils blessent ou créent de nouveaux problèmes ».

Et la salle de sport n’est pas toujours la bonne adresse. « D’autres vont soulever des charges trop lourdes. Ces exercices inadaptés aggravent une diastasie qui aurait pu se gérer en une semaine. Certaines ont même développé une diastasie en salle, parce que des coachs n’ont pas de formation en rééducation ». Le message est clair. Pour remettre la sangle abdominale en état, mieux vaut s’en remettre à des professionnels formés.

Complexes, regards, commentaires déplacés. Le poids du jugement pèse lourd sur les jeunes mères. Des solutions existent, pour le corps comme pour le moral. À Fitwinnie, 150 femmes suivent déjà des séances de rééducation abdominale. Toutes ont le même objectif. Se réapproprier leur corps, à leur rythme.

Samira Guiré