Cancer,  quatre récits pour mettre des visages sur la maladie
Photo d'illustration , Medecins sans frontières

Cancer, quatre récits pour mettre des visages sur la maladie

Au Burkina Faso, le cancer reste encore peu connu, alors qu’il touche de nombreuses personnes. En ce mois d’Octobre rose, les messages de sensibilisation se multiplient. Mais derrière les chiffres et les campagnes, il y a des visages, des parcours et des vies bouleversées. Des malades racontent les traitements, les changements du corps et les difficultés du quotidien. Des proches témoignent aussi de ce qu’ils vivent aux côtés d’un parent malade.

Un jour ordinaire de 2021, Yasmina Ouédraogo sort de la douche. Sa main frôle l’aisselle gauche. Elle sent une masse anomale. Elle cherche à en savoir la cause. Les examens confirment un cancer du sein. Cinq ans plus tard, elle est en rémission complète. Mais entre-temps, il y a eu une mastectomie, l’ablation totale du sein gauche. Puis huit cycles de chimiothérapie. Sans compter trois mois de radiothérapie.

« Tout a commencé par la mastectomie. Ensuite, la chimiothérapie : j’ai reçu huit cycles. Et enfin la radiothérapie, qui a duré trois mois », raconte-t-elle. Les soins terminés, une autre question s’impose, celle de l’image de soi. « Après la radiothérapie, la symétrie de mon corps me dérangeait. J’avais besoin d’un équilibre au niveau du torse ». Les spécialistes de santé lui propose une reconstruction mammaire. « À ce jour, je crois que je suis bien comme ça », répond-t-elle.

Le cancer prend aussi d’autres visages. Alassane Bary vit avec l’albinisme. Il a affronté deux cancers de la peau. Tout part d’une consultation chez le dermatologue, qui l’oriente vers un professeur. Il a une lésion sur l’os frontal gauche. « On a fait une anesthésie locale et on l’a enlevée. J’ai fait des pansements. Et après, c’est revenu. », se rappelle Alassane.

Il retourne à l’hôpital. Une seconde opération est nécessaire. Puis vient l’attente, et le doute. « Je suis resté au moins deux ans comme ça. Ça m’a beaucoup angoissé », confie-t-il, craignant une énième recidive.

Douze chimiothérapies pour Audrey

À 30 ans, Audrey Korsaga, artiste-musicienne, affronte elle aussi un cancer du sein. Elle a déjà subi deux interventions chirurgicales et douze chimiothérapies. Pour elle, le plus dur reste le traitement. « Honnêtement, ce qui m’a posé problème, c’est la chimio. Mon cancer n’était pas avancé. Je me sentais bien, et on allait me donner un produit qui allait me rendre malade », se souvient l’artiste.

Pourtant, les médecins l’avaient prévenue. Il y aura des nausées, des vomissements, de la peau sèche et l’arrêt des règles. Elle pensait que tout reviendrait à la normale, rapidement. « Je pensais que ça s’arrêterait, puis que ça reprendrait. En fait, c’était comme une ménopause. Tous les effets secondaires de la ménopause, je les ai eus », ajoute-t-elle, d’un voix calme.

Yssouf, aux côtés de son épouse

Le cancer ne touche pas que celui ou celle qui reçoit le diagnostic. Il entraîne aussi les proches dans le parcours de soins. Yssouf Belem lui, a accompagné son épouse, atteinte d’un cancer du sein. Il se souvient de chaque étape : « ça a commencé par la chirurgie, parce qu’il fallait enlever tout le sein. Ensuite, la radiothérapie et la chimio. L’angoisse de la femme, vous la vivez exactement de la même façon ».

Pendant que la famille espérait que le plus dur est passé, à peine deux ans plus tard, une toux apparaît. « Cette toux, ça a conduit à une chirurgie cardiaque. Et trois mois après, il a de nouveau fallu opérer », explique Yssouf. Malgré. Trois mois plus tard, une nouvelle intervention est nécessaire. Son épouse décède finalement des suites du cancer.

Des traitements, des corps qui changent, des vies qui continuent

Le cancer naît d’une multiplication anormale et incontrôlée de certaines cellules de l’organisme. Elles peuvent former une tumeur et, dans certains cas, gagner d’autres organes. Détecté tôt, il peut être pris en charge avec beaucoup plus d’efficacité. D’où l’importance du dépistage et du suivi médical.

Mais le diagnostic ouvre aussi un autre chemin. Celui des traitements, de leurs effets sur le corps et du quotidien qu’il faut continuer à vivre.