SNC 2026 : à Bobo-Dioulasso, la culture garde la ville éveillée
Les nuits bobolaises sont animées à l'occasion de la SNC, Ph : Studio Yafa

SNC 2026 : à Bobo-Dioulasso, la culture garde la ville éveillée

Bobo-Dioulasso est une ville qui ne dort presque plus. Pendant la Semaine nationale de la culture (SNC), la fête ne s’arrête pas aux compétitions officielles. À la tombée de la nuit, les plateaux off et autres espaces de détente prennent le relais dans plusieurs quartiers. Une ambiance populaire qui prolonge la fête de la culture.

Les décibels s’entendent à plusieurs centaines de mètres avant même d’atteindre SNC by night, à Belleville, un quartier de Bobo-Dioulasso. Sur place, une marée humaine occupe l’espace. Assis autour des tables, des milliers de festivaliers suivent les prestations d’artistes qui se succèdent dans une ambiance de fête populaire.

Avec sa femme et ses deux enfants, Souleymane Barro passe de bons moments. Une façon pour lui de partager des instants de convivialité avec les siens. « C’est important en ces moments de faire un tour sur les différents sites et de participer à la fête, surtout que ça n’arrive pas tous les jours. C’est une façon pour nous de communier avec les artistes, avec les amis, la famille », explique-t-il, dans un environnement où il faut élever la voix pour se faire entendre.

Lire aussi : Bobo : la fête jusqu’au bout de la nuit pendant la SNC

Daouda Traoré, lui, dit aimer « le show ». Après avoir manqué la soirée de la veille, il n’était pas question pour lui de rater celle de ce soir. « J’essaie de me rattraper aujourd’hui, surtout que je veux absolument voir mon artiste préféré Reman qui joue ce soir », dit-il, précisant être prêt à rester jusqu’au petit matin pour communier avec son artiste. Le chansonnier traditionnel Zougnazaguemda fait aussi partie des vedettes qui doivent se produire cette nuit.

Saoudata Bouda fait de bonnes affaires grâce au plateau off, Ph : Studio Yafa

Pendant que le public continue d’affluer sur le site de SNC by night, Saoudata Bouda et son équipe se frottent les mains. Non loin de la scène, un léger parfum de grillade embaume l’espace. Comme plusieurs autres restaurateurs, la jeune dame propose des saucisses, des poulets, des merguez, des frites et de l’attiéké.

« Depuis le début, ça se passe bien. Vraiment, on s’en sort très bien jusqu’à présent. Les clients se bousculent et les affaires marchent », se satisfait Saoudata, tout en remuant des frites dans l’huile chaude.

Une réédition du FESPACO by night

Promoteur culturel, Aziz Tiemtoré, plus connu sous le sobriquet Aziz la merveille, est l’initiateur de ce plateau off. Selon lui, SNC by night est une réédition de ce qu’il a proposé au FESPACO 2025 avec FESPACO by night. Une initiative qui, selon lui, avait connu du succès. « On a souscrit à un appel à candidature de la SNC pour les plateaux off. On a essayé de joindre l’utile à l’agréable avec SNC by night », explique-t-il.

L’esplanade de la mairie de Bobo est bondée de monde chaque nuit, Ph : Studio Yafa

Chaque soir, jusqu’à l’aube, les artistes partagent la scène. « Il y a de l’ambiance musicale jusqu’au petit matin, avec les DJ de la place. À côté de cela, il y a des prestations d’artistes en live, semi-live et play-back, avec des artistes en découverte et ceux de renom. On a fait aussi des compétitions de danse traditionnelle, de djembé, de balafon », poursuit le promoteur. Aziz se dit surpris par la mobilisation qui ne faiblit pas depuis le début. « J’étais sceptique au départ. Mais le site est tout le temps plein. Je suis satisfait », confie-t-il.

L’intégration par la culture

Sur l’esplanade de la mairie de Bobo-Dioulasso, l’ambiance est tout aussi festive. À l’écart de la scène, Sedem pince les cordes de sa guitare. À ses côtés, le chanteur Baïno se prépare à monter sur scène. Tous deux sont membres d’un ensemble folklorique ghanéen. Leur pays est l’invité d’honneur de cette 22e édition de la SNC.

Baïno impatient de monter sur scène , Ph : Studio Yafa

Pour eux, participer à cette fête est une fierté. C’est aussi une occasion de montrer un pan de leur culture, qu’ils estiment ne pas être très différente de celle du Burkina Faso. « Ce soir et demain, nous allons jouer. En tant que pays invité d’honneur, nous allons montrer une partie de notre culture », s’enthousiasme Baïno.

En attendant que les artistes montent sur scène, Alimata Ouédraogo est confortablement installée avec ses sœurs, son enfant sur les genoux. « Nous sommes aussi sorties pour profiter de la fête. C’est la joie, c’est la fête. Si ça pouvait être ainsi tout le temps », dit-elle, pendant que ses camarades s’esclaffent de rire.

Pour Lamine Traoré, venu profiter de la soirée avec sa petite famille, ces nuits animées de la SNC montrent aussi la résilience du Burkina Faso, parfois présenté comme une destination à éviter par certains médias internationaux.

Lire aussi : Oumar Démé, de lauréat de la SNC à maître d’œuvre du spectacle d’ouverture

« C’est une semaine heureuse pour nous. On entend souvent que le Burkina est invivable. Regardez autour de moi comment les gens sont nombreux et heureux », commente-t-il. À ses côtés, Étienne Sanon, agent de la mairie, fraternise avec des amis venus de différentes provinces du pays. « C’est l’occasion pour nous de passer de bons moments ensemble », précise-t-il.

Etienne Sanon fraternise avec des amis venus d’un partout, Ph : Studio Yafa

Des moments de retrouvailles agrémentés par la musique, les échanges, les boissons fraîches et l’ambiance des retrouvailles. Pour Hyacinthe Traoré, agent communal, cette mobilisation rappelle aussi la place particulière de la ville dans le paysage culturel national. « Bobo est une ville culturelle par excellence du Burkina. C’est une ville culturelle, touristique, accueillante », soutient-il.

À Bobo-Dioulasso, la SNC ne se vit donc pas seulement dans les salles de compétition. Elle se prolonge dehors, dans les quartiers, autour des scènes, des braises et des retrouvailles. Jusqu’au petit matin, la culture garde la ville éveillée.

Tiga Cheick Sawadogo