Burkina Faso: en campagne, malgré la débrouillardise, ces enfants qui rêvent de football
Des enfants de Kassola en train de jouer au football. Photo: Studio Yafa.

Burkina Faso: en campagne, malgré la débrouillardise, ces enfants qui rêvent de football

Dans des villages reculés du Burkina Faso, les enfants partagent la même passion du football que ceux des grands centres urbains. A plus de 200 km de Ouagadougou, à Kassola dans la province du Nahouri, chaque soir, de jeunes enfants jouent au football sur des terrains de fortune.

Kassola. Un petit village à une trentaine de km de Pô, au sud de Ouagadougou. Non loin de la voie non bitumée qui mène à Pô, des enfants jouent au ballon. Le terrain de football n’en est pas vraiment un. Il porte encore les traces de la saison pluvieuse et laisse comprendre qu’il a servi de champ.

Aux extrémités, deux poteaux bricolés avec des branches tiennent debout tant bien que mal. Il n’y a aucun marquage au sol. Mais, une organisation qui se laisse voir d’elle-même. Sur cet espace, une dizaine d’enfants, âgés de 5 à 15 ans, courent après un ballon tout en criant. Certains portent des pantalons, d’autres jouent torse nu. Au milieu de ce groupe, un jeune homme, presque la vingtaine, fait office d’arbitre. Il joue également.

Claude, l’un des enfants, est passionné de football. Avec ses camarades, ils ont aménagé ce terrain de fortune pour vivre leur passion. « C’est nous qui sommes allés couper notre bois pour venir placer et jouer au ballon », explique-t-il. Depuis que le terrain a été aménagé, ils se retrouvent dès qu’ils quittent l’école.

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Deux équipes sont mises en place, parfois quatre lorsqu’il y a du monde. « Pour jouer, on choisit les buteurs, les défenseurs, les milieux de terrain. Il y a d’autres qui restent dehors, après on fait des remplacements », poursuit le jeune garçon.  « Celui qui ne joue pas bien, il sort et un autre entre », ajoute Kanyé, un autre jeune garçon. Ces règles sont acceptées par tous.

C’est dans la poussière que les enfants forgent leur avenir dans le football. Photo: Studio Yafa.

Dans le village de Kassola, le football n’est pas réservé qu’aux garçons. Rosalie, habillée d’un maillot du Real Madrid, joue au milieu des garçons sans un traitement particulier. Sa présence ne suscite aucune contestation non plus. Malgré les préjugés, Rosalie bénéficie d’une certaine liberté. « Les parents ne sont pas contre. Tant qu’il n’y a pas de travail à la maison, ils me laissent jouer », explique-t-elle.

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Avant, Rosalie évoluait dans une équipe d’un village voisin. Elle était encadrée de manière informelle par un bénévole. Le départ de ce dernier vers un site d’orpaillage a entraîné la dislocation de l’équipe. Elle reste donc sur place avec ses amis de Kassola.

Le rêve de la plupart de ces enfants, c’est de devenir des footballeurs professionnels comme ceux qu’ils voient à la télévision. Mais, dans ce village sans électricité, il faut parcourir plusieurs km pour suivre un match de football. Ils parcourent parfois trois km jusqu’au vidéoclub pour suivre des matchs d’Europe mais aussi de la Coupe d’Afrique des nations.

« Si on veut regarder les matchs, on paye 100 francs CFA.  On regarde le Barça, le Real, le Burkina, la Côte d’Ivoire, le Ghana », raconte Rosalie. D’ailleurs, elle assure avoir suivi la veille un match amical de l’équipe nationale du Burkina Faso contre celle de la Guinée-Bissau. « Ils n’ont pas bien joué. Au premier, ils avaient marqué cinq buts. Mais cette fois, c’était un match nul », souligne-t-elle.

Rosalie rêve de devenir footballeuse professionnelle. Photo: Studio Yafa.

Ces enfants sont soutenus par leurs parents. Ce sont eux qui leur achètent le ballon. Parmi eux, Anahiré, la cinquantaine, est venu ce soir-là. Passionné de football, il souhaite voir les enfants devenir de grands footballeurs.  « C’est parce que nous aimons le football que nous achetons les ballons pour les enfants. En Afrique, le football est le sport le plus populaire chez les enfants. C’est pour cela que nous leur achetons des ballons. Mon plus grand souhait, c’est qu’il y ait des enfants ici qui puissent jouer et aller un jour en équipe nationale. C’est mon souhait », explique Anahiré.

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L’éloignement des grands centres urbains comme Pô ou Ouagadougou n’empêche pas ces enfants de rêver de porter un jour les couleurs du Burkina Faso. Même s’ils citent les plus grandes stars comme Lionel Messi, Cristiano Ronaldo ou Neymar, certains veulent tout de même ressembler à des footballeurs burkinabè comme Hervé Koffi, Bertrand Traoré, Edmond Tapsoba.

Boukari Ouédraogo