Burkina Faso : comment l’orpaillage artisanal dégrade l’environnement
Des habitats précaires ont remplacé la nature sauvage. Photo: Sutdio Yafa, avril 2026, Kassola.

Burkina Faso : comment l’orpaillage artisanal dégrade l’environnement

L’exploitation artisanale de l’or a laissé des traces visibles sur l’environnement dans le village de Kassola, situé dans la province du Nahouri, au Sud de Ouagadougou. Les orpailleurs reconnaissent les impacts de leur activité sur l’environnement. Par contre, ils invoquent aussi la nécessité de gagner leur vie dans un contexte marqué par le manque d’emplois.

En cette fin d’après-midi, le site d’orpaillage du village de Kassola est enveloppé dans un nuage de poussière qui réduit la visibilité. Sous des hangars recouverts de bâches noires ou parfois en paille, certains travailleurs discutent ou échangent. D’autres continuent de travailler. Parmi ceux qui sont encore à la tâche, Justice Ado. Cet orpailleur originaire du Ghana poursuit encore ses activités avec un groupe de jeunes garçons, ses employés couverts de poussière jusqu’au visage.

Dans son espace où se dresse une maisonnette en paille, ils sont affairés. Tous sont à la recherche de l’or. Un garçonnet tient un petit plat en plastique contenant de l’eau boueuse qu’il verse à même le sol à la recherche de pépites d’or. Justice, lui, debout à côté d’une grande bassine, fait couler l’eau qui se déverse dans un gros trou, creusé pour retenir l’eau boueuse et sale. Justice travaille dans l’orpaillage depuis une dizaine d’années mais il s’est installé récemment à Kassola. « Je suis ici depuis un an. Le travail est difficile et coûte très cher. Parfois, il y a des gens qui meurent à cause de nos propres erreurs », explique Justice.

Sur le site, les trous creusés sont souvent abandonnés sans être refermés. Photo: Studio Yafa, avril 2026, Kassola.

Lire aussi: Orpaillage dans le Tuy, le destin doré de femmes à Boni

Ce dont parle cet orpailleur, ce sont les conditions de la pratique de l’orpaillage. Sur de longues distances, l’on peut voir les stigmates de l’orpaillage artisanal. Là où il y avait autrefois des terres couvertes d’arbustes subsistent maintenant de gros trous béants, des monticules de terres retournées et parfois des flaques d’eau stagnante. Dans certains endroits, ce sont de fines poussières qui recouvrent la terre. Justice est conscient de la situation. « Je sais très bien que mon activité contribue à détériorer la nature. Mais je n’ai aucun autre travail. C’est ce que je fais pour prendre soin de ma famille. Si je ne fais pas ce travail, je ne peux pas m’occuper d’elle », poursuit-t-il.

Une activité qui fait vivre

Pour lui, c’est pour fuir le chômage qu’il s’est lancé dans la pratique de l’orpaillage. Justice sait qu’il doit protéger l’environnement même s’il doit aussi nourrir sa famille. « C’est vrai, je dois pouvoir me nourrir mais aussi prendre mon prochain et protéger l’environnement », reconnait-il.

Bandoago Ibrahim, lui également, est orpailleur. Il est installé à Kassola depuis 7 ans. Mais l’homme a une longue expérience dans l’orpaillage puisqu’il mène cette activité depuis plus de 15 ans. « J’ai construit grâce à la pratique de l’orpaillage. J’ai un enfant au Ghana qui mène des études de médecine, un autre fait le BEPC cette année », raconte-t-il, comme preuve que la pratique est rentable. Il a changé plusieurs fois de sites à chaque fois que l’exploitation de l’or s’épuise. Parfois, les orpailleurs laissent derrière eux de vastes terrains dégradés. Mais, certaines associations mènent des sensibilisations pour la protection de l’environnement. A travers des séances, Ibrahim et ses collaborateurs ont appris des pratiques pour restaurer la terre, comme reboucher les trous.

Un danger permanent

Des tas de terres contribuent à polluer l’environnement. Photo: Studio Yafa, avril 2026, Kassola.

« Nous avons été sensibilisés sur la protection de l’environnement. Il y a des zones où nous avons rebouché les trous que nous avons creusés. Mais, ce n’est pas tout », explique-t-il. Cependant, ces mesures ne sont pas respectées. Ibrahim semble rejeter cette responsabilité à d’autres acteurs, notamment les propriétaires terriens. Mais, il l’admet : « En tout cas, nous reconnaissons que l’environnement est fortement dégradé. Par exemple, des animaux peuvent se retrouver dans les trous. Parfois, on ne peut plus travailler dans ces zones. Lorsqu’il pleut, les trous sont aussi remplis ».

Lire aussi: Poura ou la cité de l’orpaillage

Dans un tel contexte, le prix fort est payé par les populations environnantes. Certains trous ressemblent à de véritables pièges à ciel ouvert. Les conséquences dépassent la question environnementale. Les trous abandonnés constituent un danger pour les habitants. « Les adultes savent qu’il y a de l’orpaillage et font attention. Mais les petits enfants qui vont jouer n’en ont pas conscience. Ils tombent parfois dans ces trous. Quand ils ne sont pas trop profonds, ils peuvent sortir. Sinon, ils se cassent parfois la jambe ou le pied », déplore Kalira qui réside non loin du site d’orpaillage.

Les éleveurs sont également confrontés au même problème. A la recherche d’herbe, des bœufs chutent régulièrement dans ces trous disséminés dans le paysage.

Mieux encadré l’orpaillage

Pour les services de l’environnement, la situation est bien connue. Selon Daouda Traoré, directeur provincial des Eaux et Forêts du Nahouri, des mesures existent pour réparer une partie des dégâts causés par l’exploitation artisanale de l’or. Il a fait plusieurs constats. « Le constat que l’on fait généralement, les dégâts se font sentir très souvent au niveau de la composante biologique de l’environnement, qui sont les pertes de la biodiversité. Quand ils arrivent, ils s’adonnent à un battage massif des arbres juste pour avoir de l’espace pour commencer à creuser », détaille-t-il.

Lire aussi: Burkina, à Bilgotenga, l’orpaillage fait disparaître les champs

Daouda Traoré note aussi la destruction des habitats naturels. « Ils utilisent également des produits qui polluent la nappe phréatique, les rivières quand ce n’est pas bien contrôlé », souligne-t-il. Pour lui, le problème vient notamment de l’orpaillage clandestin. Car certaines pratiques d’orpaillage artisanal sont bien encadrées.

« Quand ils finissent de creuser, il y a ce qu’on appelle les mesures de réhabilitation. Cela ne consiste pas forcément à reboucher les trous, mais à récupérer les dégâts causés à l’environnement à travers des activités telles que le reboisement qui permet de fixer le sol », explique-t-il.

En plus de la sensibilisation, des sorties sont menées pour fermer les sites clandestins. Par contre, des sanctions sont prévues contre ceux qui enfreignent les règles, allant d’amendes à des poursuites judiciaires.

Boukari Ouédraogo