A Bobo-Dioulasso, le port du casque est désormais pris très au sérieux. Après plusieurs semaines de sensibilisation, la Police nationale a renforcé les contrôles. Les conducteurs et passagers sans casque sont refoulés aux différents points de contrôle. Une mesure qui vise à mieux protéger les usagers de la route.
Dès les premières heures de la journée, les rumeurs fusaient dans la ville sur l’envergure de l’opération. De la voie menant à l’Université Nazi Boni, en passant par le boulevard de la Révolution, le déploiement des forces de sécurité était bien visible. À plusieurs endroits stratégiques, des agents de police, déployés en nombre, contrôlaient les usagers et filtraient la circulation. Les principaux carrefours de la capitale économique étaient ainsi quadrillés. Le mot d’ordre était clair : « sans casque, pas de passage »
Ce nouveau cap dans l’application de la mesure, qui a surpris certains habitants de la ville de Sya, intervient après plusieurs années d’efforts de sensibilisation. Cependant, comme s’ils s’y attendaient, beaucoup d’usagers avaient pris leurs précautions en s’équipant convenablement. Aux feux tricolores situés aux intersections de la place de la Femme et de Bindougousso, le changement était particulièrement visible.
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La physionomie habituelle de la circulation avait complètement changé : sur les motos, les têtes étaient désormais couvertes de casques de toutes les couleurs et de divers modèles. Avec vitre ou sans vitre, l’essentiel était de disposer de la protection nécessaire pour poursuivre son chemin sans se faire refouler par les policiers postés aux différents carrefours. Ces derniers n’avaient qu’un leitmotiv ce jour : « ton casque ou tu fais demi-tour ».
Pour les usagers qui tentent malgré tout de franchir les points de contrôle sans casque, la réponse des agents est immédiate. Souvent, un simple geste de la main ou de la matraque suffisait à contraindre les contrevenants à rebrousser chemin. Sur certaines voies, les demi-tours se succédaient ainsi sous le regard des autres usagers.
En dépit de ces contraintes, l’opération est positivement appréciée par de nombreux usagers, à l’image d’Abdoulaye Soulama, instituteur à la retraite. Casque sur la tête, le sexagénaire voit dans cette mesure une action destinée avant tout à protéger les motocyclistes. « Je pense que c’est une bonne chose parce que c’est pour nous-mêmes notre propre sécurité », laisse entendre, le sexagénaire.

Certains usagers refoulés
Bibata Barro, une autre usagère, mesure également l’importance du port du casque. Pour elle, « le casque sauve des vies. C’est pourquoi elle invite l’ensemble des usagers à se munir de leur casque avant d’embarquer à moto. « Tout ce que les policiers là font, c’est pour nous même. Donc j’invite tout à s’acheter un casque pour se protéger car ça protège en cas d’accident », ajoute-t-elle.
Contrairement à Abdoulaye et Bibata, Madi Kabré et son binôme n’auront pas la possibilité de poursuivre leur trajet. Casques de chantier sur la tête, ils sont contraints de rebrousser chemin. Pour les policiers, leur équipement ne répond visiblement pas aux exigences du jour. Obligé de faire demi-tour contre son gré, Madi Kabré affiche un air mécontentement. Il retourne sa moto, le visage crispé, avant de reprendre le chemin inverse.
Que l’on soit conducteur ou simplement passager, la règle du jour s’applique à tous. Sans exception. Tous doivent donc avoir la tête protégée pour franchir les différents points de contrôle. Judicaël vient, lui aussi, de subir la rigueur de la mesure. Visiblement contrarié, il exprime son sentiment : « Je peux dire qu’ils ont raison mais ils exagèrent walayi. Je suis allé chercher ma sœur à la gare et on demande casque », se plaint-il.
Attention aux petits malins
Malgré ces réactions pour beaucoup d’usagers rencontrés, la contrainte imposée par les forces de sécurité reste acceptable dès lors qu’elle contribue à réduire les conséquences parfois dramatiques des accidents de la circulation.
Du côté des vendeurs de casques, l’heure est à la vache grasse. Dans les différents points de vente, l’engouement est perceptible. Les usagers qui ne s’étaient pas encore équipés cherchent désormais à se procurer rapidement le précieux accessoire afin de pouvoir circuler sans difficulté. Même si le refrain semble revenir chez les commerçants, tous reconnaissent une hausse de l’intérêt autour des casques. Les prix oscillent entre 5 000 et 12 000 francs CFA. C’est ce qu’a assuré Ali Millogo, élève en classe de 5e, venu aider son père dans la vente de casques à l’intersection de la cité universitaire.
Dans la nuit du deuxième jour de l’opération, la tendance semble toutefois changer. Alors que les principaux axes restent sous surveillance, les voies de six mètres deviennent progressivement des passages privilégiés par certains récidivistes. Ces derniers empruntent les voies secondaires et les ruelles afin d’éviter les agents de police, qui, de leur côté, ne faiblissent pas dans leur mission.
Cette opération fait suite à plusieurs séances de sensibilisation. Le Burkina Faso a enregistré 649 décès en trois mois à cause des accidents de la circulation sur 11 143 cas d’accidents, selon le récent bilan officiel publié par le ministère de la Sécurité.
Adama Coulibaly/collaborateur
