Des cornes récupérées à l’abattoir, plusieurs mois de travail et beaucoup d’inspiration. C’est ainsi que Amidou Nikiéma, artisan de Bobo-Dioulasso, réalise ses meubles. Pour cette 18e édition du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), il a apporté un trône fabriqué à partir de cornes d’animaux. Habitué du salon depuis une vingtaine d’années, l’artisan évoque aussi les difficultés de son métier et l’espoir que représente désormais la clientèle locale.
Un dossier rond, de larges accoudoirs et des cornes d’animaux assemblées les unes aux autres. Le fauteuil que présente Amidou Nikiéma au SIAO ne ressemble pas aux autres meubles exposés. L’artisan, venu de Bobo-Dioulasso, l’appelle la« chaise royale ». Un trône dont la fabrication lui a demandé au moins six mois.

Pour lui, le choix des cornes n’est pas anodin. Il renvoie à des pratiques anciennes, notamment dans la chefferie traditionnelle. « Depuis les temps anciens, les rois s’asseyaient sur des cornes. Dans la tradition africaine, les cornes représentent le pouvoir. C’est une culture ancestrale », explique l’artisan.
Il rappelle que les cornes sont également utilisées dans certaines pratiques traditionnelles, notamment pour conserver des préparations médicinales.
Des cornes récupérées à l’abattoir
Pour réaliser ses meubles, Amidou Nikiéma se procure les cornes dans les abattoirs. Il les assemble ensuite pour leur donner la forme souhaitée. Un travail qui demande du temps, mais surtout de l’inspiration, insiste-t-il.
« Pour faire ça, il faut six mois, même plus. Au fur et à mesure que l’inspiration vient, ça se construit». À travers cette activité, il estime également contribuer à réduire les déchets en récupérant des matériaux qui auraient autrement été abandonnés.
« C’est le recyclage aussi. Ce n’est pas seulement créer des œuvres. On débarrasse la nature aussi de certains déchets. C’est ça l’art », affirme-t-il. Et cette manière de travailler, il y tient. « Il y a certaines choses qu’on voit qui traînent. Mais grâce à l’art, on a une nouvelle vie », ajoute-t-il.
« Maintenant, localement, ça se vend »
Habitué du SIAO depuis une vingtaine d’années, Amidou Nikiéma estime participer au salon pour la dixième fois. Au cours de ces années, il a vu sa clientèle changer. Autrefois, ses œuvres étaient surtout achetées par des expatriés. Aujourd’hui, ils se font plus rares. Une situation qui complique les ventes.
« Mes clients, avant, c’étaient des expatriés. Mais maintenant, ce n’est pas facile. On s’accroche. Souvent, ce sont les expatriés qui payent très bien l’art », confie-t-il. Une clientèle locale commence toutefois à prendre le relais. Les ventes ne rapportent pas autant qu’avant, mais elles lui permettent de poursuivre son activité.
« Maintenant, localement, ça se vend. Ça ne se vend pas à de très bons prix, mais ça se vend. Donc, localement, on arrive à vendre », admet-il. Pour l’artisan, le plus important est de pouvoir continuer à travailler. Il se réjouit de voir des Burkinabè s’intéresser progressivement à ses créations.
Garder espoir
Malgré les difficultés, Amidou Nikiéma ne compte pas abandonner son métier. Pour cette nouvelle édition du SIAO, il espère trouver des acheteurs et repartir avec de nouvelles commandes.
Pour le moment, sa chaise royale à 500 000 FCFA n’a pas trouvé preneur. Mais il garde espoir. Il reste encore quelques jours avant la clôture du salon. « On dit qu’il faut avoir de l’espoir pour pouvoir continuer le combat. Nous avons l’espoir que c’est comme un match de football, même à la dernière minute, tout peut changer. Souvent, à cinq minutes de la fin, on peut marquer trois buts », lance-t-il, avec le sourire en coin.
Tiga Cheick Sawadogo
